« Il y a toujours une villégiature disponible en soi »
Dans notre pays, les vacances sont devenues une telle institution sociale que l’on ne saurait s’en passer. Dès le mois de juin, la date à laquelle se prendront les prochains congés fournit l’essentiel des conversations. Les mois de novembre, décembre, février apportent aussi l’occasion de bavarder sur le besoin de vacances dans la vie surchargée qui ronge la santé. Au retour de la montagne, de la mer ou des pays lointains, la bonne mine et la peau brûlée de soleil entament le dialogue qui dérive ensuite sur les aspects culturels de l’évasion saisonnière. Pour beaucoup, les vacances tiennent lieu d’armistice. La guerre entre le travail et le citoyen s’arrête. On change de livrée. On glisse sur la neige, sur les vagues, sur les rêves. On part, les hostilités cessent !
Il est bien évident que chacun a besoin – donc a droit – de prendre de la distance vis-à-vis de son métier et de se réfugier dans un havre de quiétude.
Mais je reste songeur lorsque j’entends mes conscrits, à la retraite depuis plusieurs années, m’expliquer que, s’ils ne vont pas en vacances, ils ne supportent pas le choc de l’année. Ils demandent à se reposer de la retraite qui les fatigue ! Les vacances, ils les vivent 365 jours sur 365. Que réclament-ils?
Ils désirent sans doute partir, changer d’air, renouveler provisoirement leur cadre de vie. Pour certains, quitter leur confort pour trouver une existence plus austère, pour d’autres, découvrir de nouveaux horizons, pour d’autres encore, bouleverser l’ordre établi de la monotonie… Les motifs varient à l’infini.
Quand on a la chance de ne plus être esclave de la rigueur professionnelle, faut-il céder à la mode et continuer de grossir la cohorte des vacanciers, courir les routes, s’entasser sur les plages, se tapir dans les gîtes ruraux et « faire » l’Indonésie ou plus modestement le Portugal ?
Je pense que l’on peut à moindre frais opérer ce changement salutaire si l’on n’exerce plus de métier. Les vacances pourraient être quotidiennes, à la limite hebdomadaires. Chacun peut puiser en soi le dépaysement nécessaire à la rénovation, à la recréation. Parce que les contraintes des horaires, les fatigues psychiques ou physiques n’existent plus, l’organisation de sa vie appartient généralement au retraité. Son évasion dépend donc de sa détermination personnelle. Chaque jour lui apportera son oxygène pour se raviver intérieurement. La lecture, l’écriture, le service d’autrui, l’oraison, la liturgie, le jeu… constituent autant de bouffées d’air pour changer de climat et prendre le recul nécessaire. De fait, il s’agit d’organiser sa liberté et de trouver, chaque jour, la vacation qui, seul ou avec d’autres, desserrera l’étreinte de la monotonie et la changera en terrain de découvertes.
Il y a toujours une villégiature disponible en soi. En fait, il est moins compliqué d’y accéder directement que de consulter les annonces des bailleurs de gîtes. La vue est imprenable !
13 juillet 1995
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