L’Eglise confessante, le secret du Bien-Aimé

À mon avis, parce qu’il est né un jour du temps, le chrétien, comme tous les hommes et les femmes de la terre, épouse le monde et devient humain, de plus en plus humain, digne et grand, avec ceux et celles qui ne partagent pas sa foi mais partagent par contre l'intensité normale et somptueuse de la vie sociale ordinaire.

Le chrétien a appris de l’Evangile à être laïque et démocrate. Il s’est débarrassé de tout ce qui pouvait lui laisser supposer qu’il était d’une race supérieure et qu’il était un « notable ». Le baptisé est TELLEMENT humain. Il imprègne tellement son existence personnelle et collective de délicatesse, de justice, de probité, de partage, d'honnêteté, de pardon, de tendresse, de désintéressement, de bonté que ceux qui cheminent journellement avec lui l’interrogent et lui demandent son secret.

Il est une sorte « de point d’interrogation » qui chemine à plein temps dans la vie ordinaire. La durée, la mesure, l'abnégation, le désir de faire réussir les autres, ne faiblissent pas en lui. Ils durent parce qu’il se sait citoyen du temps et que, sans la patience des jours qui s’écoulent, il ne peut y avoir que la mort.

La persévérance simple, c'est-à-dire la manière de traiter le temps selon la fidélité, non seulement interroge mais aussi prouve l'authenticité de la nature humaine. Le païen dit : “Révèle-moi ton secret”, “comment fais-tu pour être un fidèle d'humanité ?”.

Le chrétien est tellement homme qu'il fait (ou devrait faire) envie d’être humain comme lui. Il n'est pas un surhomme, mais un homme qui assume tous les aspects de l'humanité, faiblesse y comprise. Tous les moyens ne sont pas “bons” pour lui. Il répugne à certains, il en privilégie d’autres. Il sait distinguer « urgent » et « important » qui, s’ils se jumellent parfois, ne se confondent pas toujours. Le chrétien est un “incarné”. C’est dire qu’il n’est pas tout puissant, qu’il est soumis à la négociation, à la hiérarchisation de ses tâches, à l’erreur. Sa grandeur consiste à connaître sa faiblesse, il tente de la compenser par la dimension collective de sa vie. C'est la réussite de son incarnation faillible qui pose la vraie question permanente du don de Dieu.

Le chrétien révèle “son” secret en des mots simples et compréhensibles par tous, en des attitudes, des gestes et des pratiques, comme le Christ a laissé percevoir en son temps le secret de Dieu : “Jamais aucun homme n'a parlé comme cet homme” (Jean 7, 46) disent les gardes du Temple.

Pour ajouter une réflexion à la fin de cette lettre, il faudrait noter que chaque personne humaine, parce qu’elle est humaine, vit en elle-même un « au-delà temporel » que l’on pourrait qualifier d’esthétique, d’utopique, d’amoureux. Elle porte en elle un désir qu’elle veut atteindre et pourtant qu’elle ne maîtrise pas, qui lui échappe… Chacun n’est parfaitement humain que s’il porte en lui un effort de dépassement de l’instant. Il est là et au-delà. Pour lui, maintenant n’est pas un point d’arrêt, il est gros d’après.

Présent intensément et pourtant inassouvi, l’être humain cherche un au-delà qui n’est pas un ailleurs irréel, mais une dynamique qui se construit déjà là où il a choisi de s’enraciner et de porter du fruit. On a pu parler de Transcendance-Immanente comme si une force engendrait discrètement dans la conscience humaine une soif d’absolu qui déborde les limites étroites du temps et de l’espace.

Christian Montfalcon, 2011