« J’ai rangé mes cahiers, vidé mes tiroirs, rempli ma corbeille à papier, entassé « mes affaires » pour la translation »
Naguère, le sacristain de Saint Joseph des Brotteaux, au premier coup de sept heures du soir, criait dans l’église en agitant ses clés : « On ferme !« .
Si quelques âmes pieuses enveloppées de consomption tardaient à sortir, il allait sous leur nez et hurlait derechef dans un tintamarre de trousseau : « On ferme !« .
Après neuf mois et demi à l’archevêché, personne n’a rien dit et les clés n’ont pas sonné le glas de ma présence sur la colline. Mais j’ai entendu dans ma conscience : « On ferme !« ..
J’ai rangé mes cahiers, vidé mes tiroirs, rempli ma corbeille à papier, entassé « mes affaires » pour la translation. J’ai pensé au lendemain d’élection quand Monsieur Poher a rendu son tablier à Georges Pompidou. On ferme. Au revoir et merci.
Des sentiments étranges surgissent en moi :
Si j’analyse mieux, la précarité me touche et je suis invité « à passer ». La brièveté du changement, entre l’avant et l’après, se glissent quelques heures seulement.
Nullement désemparé, paisible même, je suis convié, me semble-t-il, à vivre intensément ce changement comme un moment fort. Le danger sera pour moi de ne pas trop me désintéresser, de ne pas me retirer, de ne pas dire trop vite : « ça ne me regarde plus ». Demeurer à une juste place pour une juste responsabilité me repose. Depuis deux jours, je crois que, demain, c’est dimanche.
Dimanche, depuis la Résurrection, n’est plus le dernier jour de la semaine. Ce n’est plus le repos de Dieu après la Genèse du monde et de l’homme, mais le premier jour qui ouvre à une nouveauté incernable.
Nul ne peut savoir d’avance l’avenir. C’est un grand cadeau que de vivre le présent. Il n’est qu’écoulement et la fermeture porte en elle l’ouverture.
Moment béni aussi plein que le jour de Pâque parce que, justement, il n’est pas clos !
5 juillet 1995
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