Jusqu’au bout

« Jusqu’au bout » n’est sans doute pas une locution compatible avec la foi chrétienne »

L’expression « jusqu’au bout » me suggère une impasse. L’horrible mur du fond qui empêche d’aller plus loin, se dresse dans mon imaginaire. On peut s’engager jusqu’au bout mais, au bout, on bute et tout l’effort du parcours s’écrase, anéanti, contre un obstacle infranchissable.

Je sais bien la limite des choses et des personnes mais j’ai du mal à concevoir le « bout », sauf dans un enclos ou dans la matière. Le fil de fer barbelé a de multiples usages : clôture et prison se ressemblent.

Beaucoup emploient l’expression « jusqu’au bout » pour signifier « sans fin » et « sans réserve ». « Je t’aimerai jusqu’au bout » veut dire pour eux qu’il n’y aura pas de terme à leur amour et, quoiqu’il arrive, en toutes circonstances, ils mettront toute leur énergie à se donner et à s’offrir toujours.

« Jusqu’au bout » n’est sans doute pas une locution compatible avec la foi chrétienne. Il me semble que le message évangélique lève toutes les barrières, détruit tous les enfermements.

La mort elle-même, au bout d’un pèlerinage terrestre, bascule dans l’éternité sans solution de continuité. Ma foi me pousse à franchir des étapes, mais je ne crois pas que, pour les personnes, il y ait un bout. Un plus loin se profile toujours. C’est bien là, me semble-t-il, que la promesse amoureuse se vérifie. Elle trouve toujours un horizon pour se faufiler au-delà de l’impasse. Elle ne met pas de terme à sa démarche, tant elle a confiance en celui ou en celle en qui elle se fie. Elle ne prévoit pas de terme et, d’avance, ne se donne pas l’excuse de la difficulté pour s’arrêter. Rien ne la retient captive. Plus elle sent l’étreinte qui l’étouffe, plus elle cherche une voie nouvelle pour échapper à l’ici et au maintenant qui la fixerait.

Si « Jusqu’au bout » équivaut à « illimité », alors je suis d’accord.

Le don de soi ne se réduit pas à un champ que l’on aurait balisé pour ne pas aller plus loin. Le Sauveur nous arrache au bout et, en tout domaine, nous guide pour franchir les frontières.

Je me réjouis que, dans un monde borné et dans une existence mortelle, il y ait quelques personnes pour nous rappeler par leur manière d’être qu’en toute situation fermée se trouve un Passage par où entre la lumière et peut sortir le captif.