« Participer à une réunion engage chacun des membres à en partager la substance à ceux et celles qui en ont besoin pour vivre »
Au conseil, ce matin, je regardais furtivement mon voisin. Il gribouillait quelques notes à la volée. Il notait les idées-forces du débat. A la fin de la réunion, il a rangé dans son cartable son papier totalement noirci de mots en tous sens. Il le relira sans doute à loisir, à moins qu’il ne le jette lorsqu’il mettra de l’ordre dans ses affaires.
C’est bien justement la question ! Quand on participe à une réunion au titre d’une responsabilité, quand on reçoit quelqu’un venu rendre visite parce qu’il désire parler à un « quidam » qui occupe une fonction hiérarchique, on ne peut seulement prendre des notes pour soi seul. Ce que l’on écoute appartient à tous ceux qui doivent, par fonction, tenir compte de ce qui vient d’être dit ou débattu.
L’important n’est pas le gribouillis, mais la « note de service » qui va en sortir, pour que les paroles échangées entre quelques-uns deviennent le bien commun. Que de paroles perdues parce qu’elles se sont étouffées dans les épines du gribouillis ! Que de temps gaspillé parce que la semence de la discussion n’est pas arrivée jusqu’à la bonne terre qui appartient à tous !
Nous devrions avoir la hantise de transmettre à tous ceux que cela regarde ce que nous avons compris ou projeté. En sortant d’une réunion ou d’un entretien, s’obliger à notifier ce que l’on a entendu est un simple devoir. Déontologie oblige.
Cela revient à ne plus seulement penser « je » mais « nous« . Deux oreilles écoutent mais vingt ou trente yeux ou oreilles ont besoin d’intérioriser le compte-rendu pour mettre au monde ce qui se cherche au cénacle.
L’expression note-de-service porte en elle même une richesse spirituelle peu banale. Le serviteur rédige des « notes de service » !
Ce fut l’aventure des évangélistes. Ce qu’ils ont entendu, ils l’ont restitué à tous ceux qui en avaient besoin. Ils n’ont pas rechigné. En vingt-sept, seize, vingt-quatre ou vingt chapitres, selon leur personnalité, Mathieu, Marc, Luc et Jean ont rendu compte de la Bonne Nouvelle prononcée entre quelques uns. Ils ont pris le temps, accepté l’audace, de faire une sorte de compte-rendu.
Participer à une réunion engage chacun des membres à en partager la substance à ceux et celles qui en ont besoin pour vivre. Si nous tenions ce pari, il y aurait moins de réunions et plus d’efficacité. Nul ne peut refuser de partager ce qu’il a reçu ou alors il faut admettre que l’on s’est rassemblé pour rien.
7 juillet 1995
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