« Le solitaire qui ose s’affronter à « sa » solitude progresse vers la félicité de la plénitude »
Un de mes amis, simple et doué, m’envoie quelques réflexions sur sa vie d’homme célibataire d’une soixantaine d’année. En plus de cinquante pages manuscrites, il fait l’apologie de « l’escargot » car il est , pense-t-il, toujours chez lui et ne se disperse pas à des futilités. Il vit « à la maison » et, dans sa solitude, trouve l’universalité en se fréquentant lui-même, dans une intimité de plus en plus profonde.
Foin des mondanités, des voyages, des amourettes, des affaires ! Toutes ces occupations non négligeables ne peuvent remplir une vie. Au mieux, elles l’occupent, mais ne la comblent pas.
Par contre, le solitaire qui ose s’affronter à « sa » solitude progresse vers la félicité de la plénitude.
Mon ami fait noblement le double éloge de la « paresse » et du « monachisme ». Non pas que les moines soient paresseux, mais ils s’affrontent par vocation à l’ennui de l’essentiel pour en vivre le plus pleinement possible dans la contemplation. Ils choisissent une vie régulière où tout est à peu près « réglé » d’avance. Ils ont peu à prévoir pour survivre. Leur existence simple leur permet de vaquer au seul nécessaire de la vie journalière personnelle et communautaire. La majeure partie du temps, ils veillent dans la prière, la contemplation, la recherche de la grandeur. Ils estiment que, pour arriver au bonheur, ils doivent s’affronter à leur propre indigence, à leur insuffisance, à leur lâcheté, en un mot, à leur pauvreté humaine. Ils comptent plus sur ce chemin de misère que sur la voie des honneurs.
En écrivant, je découvre que mon ami est plus « chartreux » que « cistercien ». Il s’approche plus de l’ermite que du cénobite.
Anachorète en ville, avec télévision, il ouvre sans doute un chemin aux hommes d’affaires qui, sans être déçus, sont lassés par trop d’activités. D’ailleurs, dit-il, faut-il gagner tant d’argent pour en fin de compte le laisser en héritage ?
Bref, les « cinquante-pages » fourmillent d’aperçus et balisent une recherche très intéressante pour la modernité.
J’aimerai ajouter quelques traits à son symbole de l’escargot.
Merci à mon ami ! Il fait réfléchir. Mais, quand je le rencontrerai, je lui expliquerai pourquoi je préfère être un vertébré. Affaire de souplesse.
8 juillet 1995
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