Comme à la parade

« Rien de faux, rien d’exagéré. Tout juste ! Pas de  décors. Aucun « trompe l’oeil », rien que du vrai »

On raconte que, lorsque Catherine de Russie visitait ses états et ses peuples, le général Potemkine faisait bâtir des « décors » pour que la « Petite Mère » admire de loin des villes et des villages qui n’existaient pas. Elle passait à toute allure et se réjouissait d’un si bel ordonnancement de ses royaumes . « Fouette cocher ! »

Hier, en redescendant de l’amphithéâtre des « Trois Gaules », le chauffeur nous a conduit devant le mur des Lyonnais, ces fameuses peintures « en trompe l’oeil » du quai Saint Vincent. Sur un autre thème, ces fresques murales du bord de Saône illusionnent autant que celles du Boulevard des Canuts à la Croix-Rousse. Oeuvres d’artistes exceptionnellement doués, elles n’en restent pas moins qu’une peinture « à plat », mais on la voit en relief par le jeu calculé de l’ombre et de la lumière.

Depuis le 1er juillet, j’accompagne Monseigneur Balland.

Tout cela entrecoupé de conversations intéressantes avec les prêtres desservants et les responsables diocésains concernés.

Quatre jours éreintants et merveilleux. Tout s’est déroulé comme à la parade. Rien de faux, rien d’exagéré. Tout juste ! Pas de  décors. Aucun « trompe l’oeil », rien que du vrai.

Et pourtant, je ne peux m’empêcher de penser que la plupart des équipes qui ont monté ces fêtes et manifestations de l’accueil de l’archevêque n’auront qu’une relève difficile. A vue objective, les chrétiens laïcs ou prêtres plus jeunes ne succéderont pas dans cinq ou six ans à ceux qui ont été capables aujourd’hui de réussir ces quatre jours au nom de leur foi et par amour de l’Église.

Au mieux, les choses se dérouleront autrement qu’aujourd’hui. Un scintillement avant que le ciel ne devienne obscur. Une queue de comète. Demain, dans une nuit noire, le peuple de Dieu fera l’expérience d’un exil sur place. Babylone sera à l’intérieur de chacun. En terre intime et étrangère, il faudra apprendre à chanter des cantiques que l’Espérance inspirera.

Paroles et mélodies puiseront, je l’espère, dans la cité païenne pour inventer de nouveaux chants à la gloire de l’Agneau de Dieu.