« Convaincre réclame un vrai travail où se marient l’humilité et la liberté »
L’action de convaincre court tout au long de mon ministère. Vicaire, il fallait « convaincre » Henri Dugas du Villard, mon curé. Aumônier national, j’ai dû m’attacher à « convaincre » l’épiscopat qu’une pastorale de la santé était nécessaire. Secrétaire de région, je me suis épuisé à convaincre que la synodalité régionale équilibrait la collégialité nationale. Délégué à la pastorale familiale, je me suis battu pour « convaincre » le recteur des facultés de la création opportune de « l’Institut des Sciences de la Famille ». Délégué à la pastorale de la santé, j’ai bataillé pour « convaincre » les aumôniers d’hôpitaux de ne pas faire bande à part. Vicaire général, j’ai tenté de me rendre persuasif pour « convaincre » l’archevêque de ne fermer aucun débat en conseil épiscopal. Administrateur diocésain, j’aurais voulu convaincre de ne pas publier les mémoires posthumes d’Albert Decourtray… Les réussites laissent à désirer !
L’histoire montre avec évidence qu’il y a une grande différence entre « convaincre » et « imposer« . Convaincre revient à « batailler » avec un partenaire pour trouver une « paix » sur une position commune. Imposer ne demande aucune discussion : le plus « fort » dicte sa loi, l’autre n’a même pas à réfléchir, il exécute.
Convaincre suppose de développer des arguments « convaincants » pour emporter une décision éclairée. On a pesé le pour et le contre et on se « rend » à la meilleure appréciation parce que, justement, on la juge irrésistible. Parce que la preuve a été apportée, on peut se ranger à l’opinion d’autrui. Il ne s’agit pas d’une déroute, mais du triomphe de la raison. Les arguments soupesés entraînent l’adhésion. On entre dans le domaine de l’irrécusable qui cousine avec la conviction.
Convaincre réclame un vrai travail où se marient l’humilité et la liberté. Il ne s’agit, ni de sophisme, ni de capitulation, mais d’une lente élaboration d’approche de la réalité (voire de la vérité) d’une situation. La confrontation conduit à l’élucidation : plus de lumière par un jeu de questions et de réponses.
Tout ce développement explique pourquoi il m’a été difficile de convaincre des comités, des associations, des corps constitués. Vite, j’ai été à bout d’arguments et chacun sait que l’argument d’autorité n’a qu’un poids éphémère. Il assomme mais n’ouvre pas au consentement pour l’action durable. Changer d’opinion parce que l’on a compris quelque chose de nouveau rend hommage à l’intelligence et à la liberté. Discourir consiste à mener une course de fond pour entendre raison en commun.
Au début de ces lignes, j’ai évoqué les principaux ministères presbytéraux que j’ai exercé au sein de différentes institutions ecclésiales. Je pense que, dans la relation duelle, inter-personnelle, il ne convient pas de convaincre. Il vaut mieux proposer. Dans un circuit court, on se situe ou bien, volontiers, dans le domaine de l’obéissance, ou bien dans celui du consentement graduel et libre à cause de la confiance en la parole d’autrui.
Il ne peut s’agir d’une bataille d’arguments. L’accession à la Vérité prend d’autres chemins.
27 juillet 1995
Article précédent
Transparence et vérité
Article suivant
La liberté