Outrance et démesure me stupéfient

« Il vaut mieux se tromper et prendre le risque d’arrêter une expérience qui semble trop risquée que de laisser courir et laisser s’établir des excroissances qui affaiblissent l’Église »

L’outrance et la démesure me stupéfient toujours. Mon ministère provisoire m’a conduit à frôler un certain nombre de situations qui jouxtent le délire. Certains cas relèvent nettement de la maladie mentale d’une personne, mais la plupart ne sont peut-être que le débordement d’un amour de Dieu mal raisonné, mal assimilé, collectivement « endiablé », mal discerné par l’autorité hiérarchique qui n’a pas su à temps freiner une expérience à l’origine peut-être prometteuse.

Se retrouvent sur mon bureau des dossiers étranges qui appellent une attention priante. Est-ce une nouveauté spirituelle, une démarche sainte d’un groupe d’avant-garde, prophétique, animée par un homme ou une femme inspirée par Dieu ?

Est-ce un errement, une séquelle des Cathares, un relent des folles mystiques rhénanes des « frères du libre Esprit » ? Je ne sais. Pas si simple à dire chez un certain nombre de communautés apparemment nouvelles, où l’argent semble affluer, les jeunes viennent relativement nombreux…

Comment trouver les critères de discernement, la pierre de touche, pour estimer si le produit est bien de l’or ?

Les fruits de l’Esprit : vérité, transparence, pauvreté, humilité, clarté envers les supérieurs, obéissance aux lois de l’Église, liberté des membres, modestie, chasteté .…

A ces critères indubitables, il faudrait rajouter le bon sens des populations. Évidemment, il faut écarter les rumeurs malveillantes, mais il faut entendre les mises en garde prononcées par des personnes différentes.

L’entêtement de la hiérarchie qui ne veut pas voir et, pour finir, s’entortille dans des appréciations qui se veulent favorables parce que ces « formations » produisent de la nouveauté et recrutent des élèves. Si on les laisse filer trop longtemps, les logiques se fortifient, les expériences se durcissent. Pour arrêter, il faut « casser » et « briser ». Quand le train a pris une certaine allure, il ne peut franchir les aiguillages sans dérailler.

Le principe de Gamaliel n’est pas un principe chrétien. « Laissez faire, on verra » me semble plus du domaine de la loi fatale que de la création subtile de l’Esprit.

Il vaut mieux se tromper et prendre le risque d’arrêter une expérience qui semble trop risquée que de laisser courir et laisser s’établir des excroissances qui affaiblissent l’Église.

La multiplication de ces groupes peut affaiblir l’Église diocésaine en ce sens qu’ils ne la rénovent pas, mais contribuent à sa dispersion. Augustin a longuement parlé des faux pasteurs qui dévorent leurs brebis pour survivre eux-mêmes.

Personnellement, je serais porté à trancher, mais il est plus difficile d’étayer son jugement et de l’expliquer par des arguments logiques, ecclésiaux et évangéliques.