Les réunions stériles

« Il faut beaucoup de courage pour entreprendre de nouveaux labours et de larges semailles »

J’ai du mal à comprendre les circuits et les méandres d’un certain nombre de réunions. Les gens sont assis autour d’une table et parlent en poursuivant chacun un monologue ou en sautant à pieds joints sur une idée qui passe. Califourchon.

On se croirait à la fin du marché où les commerçants interpellent les derniers clients et leur proposent au meilleur prix une denrée qui vient de souffrir du soleil.

Dans cette sorte de foire, personne ne cherche à produire une résolution commune. Tout s’effiloche, les idées s’embrouillent et chacun attend la fin.

Pourquoi ? Sans doute, parce que l’Esprit n’est plus accueilli comme un don collectif, on assiste au triomphe du diviseur. La boule roule dans le jeu de quilles et le ricanement du malin se confond avec les remarques désabusées. Alors pourquoi se réunir ? Pour faire semblant, pour jouer à la communion comme d’autres jouent à la marelle. Mais nul ne s’y trompe. L’appareil est grippé et, comme le dit l’anarchiste qui a gribouillé les murs de la rue des Pierres Plantées, « le système est moribond, achevons-le ! ».

Le vertige parfois me saisit et je n’ai plus envie de me battre, ni de redresser la barre. Sombrer avec le navire devient une tentation morbide. Disparaître avec cette société de clowns tristes qui grelottent de peur dans des habits trop grands pour eux. C’est le moment des faux-fuyants et chacun se maintient à la surface comme des naufragés du radeau de la « Méduse ».

La vie est ailleurs. Il y a des groupes qui ont fini de vivre. Les déserter pour semer ailleurs devient un devoir.

Partir, oui ! Mais il faut beaucoup de courage pour entreprendre de nouveaux labours et de larges semailles.