« La Résurrection, bien présente, se penchait pour nous accueillir déjà dans l’Espérance »
Ce matin, à l’église de Vernaison, funérailles de Michel Vial. Un grand serviteur de l’Église. La foi était devenue sa structure de pensée et la prière formelle son ossature intérieure. Rigide et tendre, parce qu’il était grand, il voyait loin. Il ne s’effarouchait pas. En vieillissant, il était devenu presque frondeur. Il osait dire ce qu’il pensait, sans s’excuser de manquer de déférence.
A la messe, je n’ai rien dit. Je n’avais rien préparé, mais j’aurai eu vraisemblablement quelque chose à raconter. Mais on était dans une ambiance où rien n’avait de l’importance. Nous étions dans la mort ou au bord de la mort. La limite entre mort et résurrection était encore plus poreuse que d’habitude. Le pas des vieillards rythmait la célébration. Lenteur majuscule, teintée de dérision. On s’arrangeait à l’autel comme sur le coin d’une table de cuisine. Entre bons vieux, on ne fait pas de préséance ou d’esbroufe. C’est l’enterrement simple d’un ami simple, le simple prélude du nôtre.
La liturgie sentait le réchauffé et Matagrin vaticinait en égrenant des dates prestigieuses et des noms fameux. On a enseveli une époque avec Michel Vial. Ainsi s’effacent les mémoires, et les détails se perdent dans la monotonie épaisse de la préparation à l’au-delà. Une centaine de personnes constituait le public. Chacun se nommait pour être reconnu. La vieillesse avait changé les traits et il fallait faire effort pour se souvenir du patronyme et du prénom. Dans ces retrouvailles, un pan d’histoire revivait, avant de vaciller au bord du néant. L’ACO, la JOC, la Chronique Sociale, les Œuvres… Nous parlions à l’imparfait. Rien ne se conjuguait au futur, sinon notre propre mort. La Résurrection, bien présente, se penchait pour nous accueillir déjà dans l’Espérance. La dérision et la gloire.
Puis chacun est reparti. Le corps de Michel Vial, sans parent, ni famille, rejoignait Nantes pour l’ensevelissement à la cathédrale. Après une célébration, nous avons regagné nos occupations.
Étonné par l’incohérence de cette célébration mal ficelée, mal célébrée, sans relief, mais très vraie.
Elle signifiait la déroute de la vieillesse, ne trichait pas avec la réalité. La gloire de Dieu rejoignait la simplification des vieux jours pour nous attacher à l’essentiel. La banalité et l’ordinaire n’écrasaient pas. Point de tristesse.
On fréquentait la mort, puisqu’elle nous appartient. Mais l’indigence de notre nature ne nous alarmait plus ou pas encore !
Cette route conduit à la lumière. Je le crois.
8 juin 1995
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