Filiation, fraternité, descendance

« Filiation – Fraternité – Descendance, j’aimerais les vivre à quelques-uns pour les étendre à beaucoup »

Il semble que trois réalités structurent la vie spirituelle des chrétiens du Christ : la filiation, la fraternité, la descendance

La filiation

On devient enfant de Dieu. Le baptême nous signifie dans la foi que Dieu donne sa propre Vie par son Fils. Plongés en Jésus le Christ, nous participons mystérieusement à sa mort et à sa Résurrection. Nous sommes, bébés, enfants ou adultes, arrachés à notre seule dimension pour la retrouver agrandie à l’infini, arrachés à notre individualité pour devenir personnellement fils et filles du même Dieu. Sans mérite de notre part, nous sommes tirés de la solitude naturelle pour, tout en gardant notre vie créée par nos parents, exister pour nous dans tout un peuple. Le baptême, loin de nous dissoudre, nous personnalise et nous donne à chacun d’épanouir notre vocation d’enfant de Dieu. L’étroitesse humaine se change en intimité Trinitaire. Cette vie circule en nous et nous apparente à l’immensité sans nous arracher à la singularité. Chacun devient fils unique en le Fils Unique. Un peuple solidaire de fils uniques.

La fraternité

Notre Père ne nous donne que des frères et sœurs. Son amour pour nous nous constitue intimes les uns aux autres. En nous circule la même vie. Nous sommes aimés du même amour. La foi nous autorise à un regard encore plus fraternel que la consanguinité issue d’un même couple. Même origine, même naissance, même lien vital permanent, même acte qui nous tient dans l’existence, même partage d’amour. Les uns et les autres, nous ne faisons qu’un, mais nous sommes une multitude de personnes, libres et autonomes. Par adoption, le mystère de la Trinité nous personnalise et nous intériorise. Notre communication dépasse la superficialité. Êtres de communion par nature et par grâce, notre réseau de filiation a besoin de s’arc-bouter sur des proches, pour que, s’expérimentant dans le concret, nous l’étendions par désir à l’humanité. Nous vivons une expérience fraternelle à quelques-uns pour ouvrir notre cœur à tous. Sans cette proximité voulue, réussie, efficace, l’amour du monde demeure un rêve. Comment aimer nos frères que nous ne voyons pas si nous ne pardonnons pas à chaque instant au « tout proche »qui nous fait souffrir par sa différence et son étrangeté ?

La descendance

La filiation permanente reconnue, la fraternité permanente reçue, nous invitent à engendrer une race d’élus dont nous serions les procréateurs.

Si nous l’acceptons, notre existence engendre, appelle, choisit, distingue, accompagne. Parmi les créatures innombrables et les baptisés, nous nous rapprochons de quelques-uns pour les aider à se structurer dans l’acte de foi et grandir. Nous sommes serviteurs de leur croissance et non propriétaire de leur stature. Nous favorisons leur mise au monde et les aidons à vivre le mystère de leur filiation divine et de leur fraternité ecclésiale, mais en aucune manière nous ne les possédons. Parce que Dieu les confie à eux-mêmes, ils ne nous appartiennent pas. Plus ils sont libres, plus ils sont vrais. Plus ils sont personnes, plus ils sont peuples. Fragiles comme tout humain, ils vivent dans la précarité et l’éphémère une démarche qui dépasse le temps et l’espace. Plus ils s’enracinent dans un monde précis, plus ils osent la particularité et la réduction à la simplicité, plus ils abordent à l’universel et en vivent.

Dans cette aventure de la progéniture, ils nous tirent du passé et, contre un modeste conseil de sagesse, ils nous précipitent dans la purification de l’avenir qui nous lave de toute répétition et possession.

La descendance nous plonge dans la pauvreté. Leur liberté nous purifie de nos égoïsmes, nous apprend à ne tenir qu’à leur bien, à renoncer à nos projets, à suivre un chemin imprévu avec, pour seul bagage, l’Évangile des béatitudes.

Filiation – Fraternité – Descendance, j’aimerais les vivre à quelques-uns pour les étendre à beaucoup.