Tradition et nouveauté

« Les Querelles des « Anciens » et des « Modernes » est un bien mauvais affrontement. La vérité ne se retire pas dans un camp. Nul ne la possède« 

L’autre soir, un neveu racontait en famille qu’il était tombé par hasard « dans une messe à l’ancienne ». L’image parlait d’elle même et, l’intoxication publicitaire aidant, j’ai pensé immédiatement à la « moutarde à l’ancienne » ou à la confiture de « Mamy Nova »…

Il se régalait de la soutane rouge et des surplis en dentelle des enfants de chœur qui étaient tous des garçons (sic). Il décrivait la liturgie comme « une mise en scène » très bien réglée. Ses narines frémissaient encore de l’odeur de l’encens, ses yeux pétillaient de joie de n’avoir vu le prêtre que de dos et ses oreilles bourdonnaient encore d’un latin qu’il n’a pourtant jamais étudié.

Quelques-uns décidèrent ce soir-là de se rendre un dimanche prochain dans cette église de Lyon. Ils s’apprêtaient à y aller comme on monte dans un grenier pour sentir le frisson de la nostalgie. On peut se demander ce qui motive une telle démarche, sinon le regret du temps passé qui est d’autant plus intéressant qu’il est mort.

La municipalité lyonnaise prépare la fête des Pennons. Comme l’an dernier, elle aura lieu au Parc de la Tête d’Or. Le folklore mettra en valeur chevaux, cavaliers et jeux équestres. Personne n’a que faire des « pennons » qui étaient, si mes souvenirs sont exacts, les fanions des chevaliers du gué.

Je me sers de ces deux exemples pour aborder le sujet de la Tradition. Personnellement, j’estime qu’est traditionnel ce qui traverse le temps sans vieillir, pour inventer le futur.

La vraie tradition tient le choc entre les extrêmes. Comme l’homme, elle est tiraillement entre l’ancien et le nouveau. Si elle tombe corps et biens dans la modernité, elle ne véhicule rien de l’essentiel humain. S’il lui est impossible de s’acclimater à la culture selon le déroulement des civilisations, c’est qu’elle a trahi l’humanité en se figeant à une époque.

Les musées entassent les « témoignages » d’une époque, d’une école, d’une race. Le visiteur averti dégage, de ce qu’il reconnaît daté et périssable, la beauté qui, elle, est traditionnelle car elle a traversé le temps, l’espace, et transcende le contingent pour toucher l’essentiel humain.

En écrivant, je m’aperçois que ce sujet touche à tout. C’est sans doute pour cela qu’il tient à cœur et qu’il suscite la division.

Les Querelles des « Anciens » et des « Modernes » est un bien mauvais affrontement. La vérité ne se retire pas dans un camp. Nul ne la possède. Elle s’étire au rouet de l’histoire en un fil grossier et continu. Ainsi en est-il de la tradition qui est sa cousine germaine incarnée en institution.