Sublimer

Le verbe sublimer dérange mes catégories mentales raisonnables. Il les bouscule sans pour autant tout à fait les abandonner : il franchit une frontière intime et me comble. Il me conduit à une sorte d’au-delà qui reste pourtant dans les limites du temps et de l’espace. Il ne m’effraie pas mais me situe ailleurs, dans une vraie joie discrète et profonde difficile à définir.

Cela se passe surtout dans les domaines de la poésie, de la beauté, de la musique, de la peinture, de la rencontre, de la réciprocité où j’aborde à une dimension qui n’a pas de dimension et triche avec ma raison et mon savoir : en un mot, de ma compréhension. Je suis bien. J’admire. On appelle aussi cela un « transport », un « frémissement » de l’être.

Je  pense que, sur terre, cela ne s’effectue que chez les humains. Ce bref «état » se distingue de l’instinct. Il ne survient que chez quelqu’un qui est « je » et « me » et en franchit l’ordinaire.

La capacité de sublimer amplifie les possibilités humaines en cassant leurs habitudes journalières. La foi religieuse n’est pas forcément obligatoire pour connaître le sublime que j’évoque aujourd’hui. Il suffit de se laisser accroître, intensifier, ennoblir, augmenter, atteindre une limite supérieure pour rejoindre une sorte de « débordement » du raisonnement. Chez certains, les bravos crépitent, les cris surgissent, les mouvements du corps montrent l’exaltation. Chez d’autres, ce ne sera qu’un silence contemplatif. Mais chez tous, il s’agit d’un moment mémorable du franchissement d’une frontière habituellement bien « gardée ».

Tout cela se rapproche du balbutiement de la richesse humaine qui navigue parfois dans l’inaccoutumé.