Réparer

Dans le monde du temps et de l’usure matérielle, le verbe réparer conjugue le fait d’un besoin et d’une nécessité de pallier la défectuosité. Mais réparer n’est pas qu’un moyen limité. Réparer n’est pas mettre à neuf, mais toujours rafistoler, ravauder. On « reprise des chaussettes pour qu’elles continuent leur service vaille que vaille. On retape une vielle voiture pour qu’elle continue à rendre service bien qu’elle soit un peu « déglinguée ». Même le corps humain requiert le service des chirurgiens et autres savants pour réparer blessures, fractures ou maladies. On ne sort pas de la morbidité tout à fait indemne. Reste toujours une sorte de faiblesse minime mais réelle.

Rien ne vaut le « neuf » mais c’est d’un autre prix. En effet, dans le domaine du temps, heureusement que certains innovent et suscitent des nouveautés sans défaut. Mais elles vieilliront et iront vers la décrépitude et le besoin de la réparation. Réparer est du domaine de l’habileté pratique. En ce sens, c’est une joie, mais c’est aussi le signe que tout passe et qu’il ne faut rester accroché à rien. Sauf dans le domaine de l’amour : il change de forme, mais sa plénitude demeure. Il ne s’use pas, il s’approfondit.

Les institutions politiques vieillissent ; il faut voter de « temps en temps » de nouvelles constitutions plus conformes à l’évolution de la culture. De même pour les syndicats et autres institutions de types caritatifs. Il ne faut pas exclure que les structures religieuses sont martyrisées par les siècles et les décennies. Vatican II a sauvé les conciles de Trente et de Vatican I. Il proclame la même foi mais modernise les pratiques. Mais ce n’est plus de siècle en siècle qu’il faut faire renaître les structures, mais de trente ans en trente ans. La foi ne vieillit pas, mais peut se présenter sous un aspect vieillot par ses structures religieuses si elles ne s’adaptent pas à aujourd’hui.

Je ne peux achever ces lignes sans faire allusion à certaines congrégations religieuses qui, au XIXe siècle, se sont réunies sous le signe de la réparation des péchés du monde Elles prenaient racines dans le mystère de la Rédemption mais, au XXe siècle, ont trébuché sur des structures surannées. Certaines s’en sont aperçu et ont changé et de titre et de pratiques. Elles se sont réparées elles-mêmes.

Bref, réparer est nécessaire à la pratique des humains. A cette courte réflexion, il faudrait rajouter deux trios de verbes :