Relire

Pour commencer, je désire évoquer ma pratique. Lorsque j’ai écrit une centaine de pages, je demande à une ou un ami de les relire pour en vérifier l’originalité orthodoxe et contrôler l’orthographe et les formes grammaticales. Cette remarque n’est qu’un préliminaire. Mon propos, aujourd’hui, veut être un peu différent. Comme toujours, il aura de multiples facettes, plus ou moins importantes ou pertinentes.

Relire, c’est déchiffrer à nouveau un texte déjà lu de multiples fois. Ce texte est pour moi ‘fondateur’. Il donne assise à ma réflexion et ma volonté. Il est important que je m’en imprègne, que je le digère pour qu’il m’alimente, me fortifie et en définitive devienne un axe pour l’action.

Relire est une sorte de recours. Quand je ne sais plus, je me replonge et je mâchonne à nouveau quelques lignes pour en extirper un nouvel élan plein de saveur pour éclairer ma liberté et lui rendre son agilité essentielle.

Relire (si je peux) est pour moi un exercice à plusieurs. Chacun apportant sa lumière ou son interrogation sur l’interprétation. La richesse vient de l’écoute d’autrui qui a une autre porte d’entrée pour rejoindre le sens.

Relire (en commun) est aussi une école d’humilité pour les oreilles, l’intelligence et le cœur. Il faut bien admettre que, tout seul, on est bel et bien limité. On a besoin des autres qui apportent leur propre originalité qui bouscule la mienne et, le cas échéant, la relativise ou l’infirme.

Dans mon propos de ce matin, on aura bien compris que ce genre de relecture trouve sa grandeur et aussi son intérêt spirituel si l’on parle des Livres Saints et, en particulier, du Nouveau Testament. Mais il se peut encore que la relecture prenne parfois comme sujets les écrits des saints, des spirituels des diverses croyances, des inventeurs de l’avenir humain ou des hommes ou des femmes de la banalité et de la simplicité journalière.

Relire enfin me relie à tous mes frères chrétiens de toutes les Églises qui confessent la divinité de Jésus : son incarnation et sa Résurrection. Chacune peut apporter sa pierre pour la construction de paix et de l’amour fraternel entre les peuples et les personnes.

J’aime aussi relire les lettres que m’ont écrites mes parents, celles qui, par miracle, ont échappé à la fureur de la déchiqueteuse.