Regard

Regarder diffère de voir. C’est voir davantage, par une mobilisation de mon intelligence, de ma conscience vive et de mon cœur ému. Regarder de près un dossier, c’est l’examiner avec minutie pour le comprendre et discerner comment je vais agir à partir de ce document qui me regarde et que ‘je’ regarde. Oui, je pense que regarder, c’est voir attentivement pour comprendre, admirer, assimiler, intérioriser, remarquer et aimer.

Je vois un paysage. Je regarde sa beauté. Je suis transporté. Le regard engendre le désir d’une « ascension ».

Mes yeux se portent sur une personne, s’y arrêtent. Le désir de la connaître naît en moi ; je la regarde et trouve le chemin qui me conduit vers elle.

Le regard commence à tisser en moi un intérêt, découvre une ‘nouveauté’, l’ancre en moi. Si je ne l’approche pas, j’en aurai le souvenir. Je ne me rappelle pas tous ceux et celles que j’ai vus, mais la personne que j’ai ‘regardée’ a pris place en moi. Je m’en souviens. Le regard et le désir se croisent.  

Quand j’étais enfant et posais des questions indiscrètes, mes parents me disaient : « ça ne te regarde pas », c’est-à-dire : « vu ton âge, tu n’es pas concerné ». Le regard s’apprend, il se peaufine avec l’âge. A la vieillesse, il demeure comme un bon souvenir. Les paroles peuvent disparaître, ce qui fut la joie du regard demeure.

Les moines et les moniales sont des « contemplatifs » dont le regard va jusqu’à Dieu. Leurs yeux se ferment pour regarder en eux ce qu’ils ont « cru » apercevoir de l’infini. Cette « trace » suggère leur comportement.

Le regard est un secret pour soi-même. Lorsqu’il est enfoui en nous, avec notre consentement, il se déplie et devient un souvenir qui tient compagnie et illumine les obscurités.