Libérer

Libérer la parole, l’action, la vie, la relation avec autrui au sein de la société et, en même temps, élargir ma propre existence, me semble une entreprise joyeuse, laïque et chrétienne.

Le verbe libérer est pour moi ‘messager’ d’une joie profonde, celle dont on rêve toute sa vie, celle, petite ou grande, que l’on « fomente » et accueille chaque jour.

Mon enfance avait connu la défaite, l’Occupation ; mon adolescence m’offrit la « Libération », mais elle ne m’apporta pas l’exultation dont j’avais rêvé. Il fallut encore connaître une sorte de disette dans les années 45 et 46. Après, la vie quotidienne devint à peu près normale. Mais il me fallait faire pour moi une vraie découverte fondamentale et nouvelle.

« Libérer » suppose de marcher dans un chemin plein d’obstacles multiformes qu’il faut lever avec patience et assiduité pour désencombrer le passage, porte d’espoir et d’espérance. C’est en fait une sorte de combat permanent, interne à chacun en même temps que sociétal.

Il s’agit de délier, affranchir, pardonner, encourager, émanciper, élargir, faire craquer, déblayer mais aussi promouvoir et rendre souple.

Mais, dans le fond, une seule action est nécessaire : amoindrir la peur, s’en faire une alliée de prudence et, en même temps, faire grandir en chacun, y compris en soi-même, la « qualité fondamentale » qui charpente la vie personnelle, celle qui donne plein exercice et met au large. Elle donne sens et montre le Chemin. Elle accomplit.

Je suis de ceux qui pensent que toute liberté est un ‘accomplissement’ de chacun et de tous. Chacun est indispensable à tous et la société indispensable à chacun. Il suffit de s’entendre, de parler et d’agir ensemble. Dans des convictions qui s’opposent, il est toujours possible de trouver un compromis. Il est pour un temps un chemin commun vers la liberté.