Aplanir

Il y avait à la maison une vieille timbale en argent qui datait sans doute du baptême de ma sœur, de quatorze ans mon aînée. Mes parents parlèrent de la faire aplanir par un bijoutier. Je gémissais parce que je ne voulais pas que cette timbale qui me servait encore à table fût aplatie. Je confondais aplanir et aplatir. La timbale fut débosselée et revint toute guillerette pour mon usage.

A Saint-Cyr, Monsieur Rivoire proposa d’aplanir une vieille pelouse devenue broussailleuse et lamentable  à voir. Mes parents acquiescèrent. Monsieur Rivoire défonça la pelouse, redressa la terre, la redessina et l’ensemença de gazon. Il nous recommanda de l’arroser.

C’est à partir de ces opérations concrètes qu’à l’âge adulte et dans mon ministère, j’ai mieux saisi ce que pouvait signifier ‘aplanir’ les broussailles et les « cabosses » que l’existence infligeait, plus ou moins, à la vie de chacun et de tous.

Je pense que tout être humain a besoin d’aplanir sa conscience, sa parole, sa relation avec la société, son offrande, sa religion. A l’usage, tout se cabosse. La conversion redonne une liberté guillerette qui conduit à une foi joyeuse et innovante. Le cœur est ensemencé de charité, de douceur, d’attention, de relation, de réciprocité. Groupes et communautés prennent bonne forme et laissent grandir en eux la liberté de Dieu qui décuple la nôtre. Le don de l’amour trinitaire met au large et incline vers bonté, beauté, vérité, fraternité, laïcité.

Pour ce pèlerinage intérieur, chacun et chacune, y compris le bon Pape François, ont besoin de parler à cœur ouvert dans une totale confiance. Cet homme ou cette femme succède à monsieur Rivoire, le jardinier, et au cousin Maurrat, le bijoutier.