La bataille des mots

Villers-Cauterets (1539) : le français devient la langue officielle de notre pays.

Depuis plus de quatre siècles, on s’échine à parler et à écrire avec les mots de notre langue nationale.

Aujourd’hui, 55.000 mots, plus peut-être une quinzaine de mille locutions. Depuis que nous savons parler, nous apprenons à nous faire comprendre par des mots français, plus ou moins égratignés. L’école, le lycée, l’université ont poli et enrichi notre langage et nous nous battons pour trouver les mots les plus adéquats pour exprimer tant par écrit que par oral notre pensée.

Les mots germent en nous. Ils sortent du grenier personnel et national et nous nous efforçons d’être les plus clairs possible. Nous trions avec plus ou moins de justesse et de rapidité les mots employés.

C’est là que se trouve la difficulté belliqueuse du choix. On écarte assez vite celle des synonymes et des antonymes. La difficulté s’accroît à partir des « accords» du singulier, du pluriel, du féminin ou du masculin. De plus, les verbes se conjuguent ; il faut trouver le bon temps et la bonne personne de la conjugaison. Impératif, participe, infinitif, ne traduisent pas les mêmes sentiments.

Les mots sont marqués par leur époque. Certains chavirent, disparaissent de l’usage courant : ils ont fini de plaire. Parfois, ils se mettent au placard tout seuls sans que l’on sache pourquoi. Certains vont resurgir, propulsés par un grand de ce monde qui s’adonne à la coquetterie.

D’autres qu’un métier a engendrés disparaissent avec le métier mangé par la modernité.

Dans la bataille, les mots s’écorchent, s’apostrophent, s’élident, pour mieux se prononcer et s’écrire.

Ils disent la haine ou l’affection ; ils se nuancent par la tonalité de leur énonciation.

Ils choisissent leur place dans la phrase ou la conversation pour se mettre en valeur ou s’effacer.

Les mots vivent, font vivre, chantent et réjouissent le poète et la société.

Dans le domaine religieux, les mots, soit se cramponnent au passé et à une culture cléricale, garants d’une époque surannée, soit ils cherchent une voie compatible avec la modernité.

Ils inventent consolation ou amour quand d’autres vitupèrent la haine et le malheur.

Dis-moi tes mots favoris, je te dirai qui tu es, d’où tu viens et peut-être où tu veux aller…