Quand j’étais gosse à Saint-Cyr, je couratais avec des gamins de mon âge pour tirer les sonnettes ou mettre des pétards dans les boîtes aux lettres. Ce n’était pas gravissime à nos yeux mais tout à fait inconvenant et polisson. Ma mère, avertie par les commerçants, me grondait et me disait parfois : « Ne te compromets donc pas avec cette bande de voyous ». Ce qui signifiait ne reste pas attaché à ces vauriens qui troublent le bon ordre et donne du mal au garde-champêtre, Monsieur Palasset. Se compromettre était ‘complotiste’, désobéissant, mal élevé, et pouvait entraîner à devenir « gibier de potence ». J’ai dû une fois ou l’autre être privé de dessert. J’ai retenu la leçon et je pense avoir évité ma vie durant les compromissions qui pouvaient me « compromettre » et nuire plus ou moins gravement à la société. Ma mère avait tué le mal dans l’œuf…
Devenu adulte et responsable à divers échelons, bien des fois, j’ai cherché des « compromis » pour éviter des drames, des graves désaccords et des fâcheries qui risquaient d’avoir de lourdes conséquences.
J’ai appris à négocier, à parler franchement, à chercher et trouver un point d’accord honorable et salutaire pour tous. J’ai découvert que se confronter avec autrui était le début de la paix et de la collaboration sociale. De fait, je suis maintenant convaincu que chercher des compromis en de graves matières était le support quotidien de la démocratie. Chercher ensemble la meilleure solution, tout en respectant des points de vue opposés, conduit à continuer ensemble à tisser un bien commun qui « tient la route et la marche ». Chacun sait que, si surgissent d’autres conflits, il y aura toujours une démarche concordataire à mettre en bonne place.
Maintenant, je cherche un « compromis » quotidien avec, comme opposant, l’inéluctable poids de quatre-vingt-douze ans. Je « mégote » une liberté qui ne sera plus jamais celle de mes soixante ans. Différente, elle a encore un intérêt.
12 décembre 2020
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