Si cette expression vient du verbe ravir, il faut s’expliquer. Ravir peut vouloir dire « prendre de force », « réduire en esclavage » ou encore mettre sous le joug, « subjuguer ». Cette première lecture ne laisse pas beaucoup de place à la joie, au plaisir, à la liberté. A moins qu’il ne faille entendre : « Tu m’as tellement plu que je suis ‘ravi’ (transporté) de te connaître ou de dépendre de toi. Tu ne peux me conduire qu’au total épanouissement, tant tu es formidable, doux, épatant. Tu m’as tellement « épaté » que je me sens heureux d’être paisible dans ton ombre ».
On peut encore rajouter : « Je suis très content, comblé, enchanté… »
Pourquoi pas ! Mais attention aux premiers élans ! Le coup de foudre n’est peut-être qu’un éclair stupéfiant. Même en amour, un peu de raison ne fait pas de mal !
Il se pourrait que « ravi » soit un raccourci du verbe « raviver » (ravi//ver) ? « Ta présence m’a ravivé, c’est-à-dire a fait naître ou renaître en moi une nouvelle vie, décuplé des possibilités oubliées, inauguré des sentiments que je n’avais jamais connus ». Le danger de cette hypothèse serait l’illusion ; pas forcément ! Il est possible que la nouveauté advienne et que « je renaisse vraiment en te connaissant mieux ».
En tous les cas, ‘Je suis ravi’ est à prendre en compte et à analyser avec un brin de recul. Mon « enthousiasme » ne survient pas tous les jours. Pourtant, les moments d’obscurité ne peuvent effacer mon « ravissement primordial ». Il constitue une provision pour une longue route, un point de départ vers une vie inconnue qu’il faudra aménager pour que la durée apporte son vrai cadeau de « renaissance au quotidien ». Le ‘ravissement’ changera de forme ; il deviendra paix, joie, bonheur qui sont les éléments de la durée.
En relisant ces quelques lignes, je découvre qu’elles concernent aussi bien un grand nombre d’hommes et de femmes de la vie courante, qu’un monial ou une moniale hors du monde séculier.
4 janvier 2021
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