Intensité

Mon embarras est grand. J’ai d’abord cherché la signification qu’avait pour moi le mot densité. Me revenait le mutisme que j’avais lorsque Monsieur Valette, notre professeur, me demandait de passer au tableau noir pour expliquer à mes camarades ce qu’en fait je n’avais pas compris.

Alors j’ai choisi le terme intensité. Il me semblait que ce mot serait plus à la portée de mes connaissances, de mes ‘vibrations’ actuelles. Intensité se rapproche pour moi de force, de profondeur, de graduation, de visée, d’élan paresseux, de courage et d’acceptation de ce qui se passe en moi, un vieillard amorti par une vie de plus de quatre-vingt-douze ans.

Je ne suis plus un battant à la recherche du meilleur pour les tâches à effectuer. J’aimais innover et trouver des personnes pour le faire avec moi. Présentement, l’intensité sommeille en moi et se réfugie dans la patience à attendre et à « ne plus pouvoir ». Didier me parle des grives qui remontent du Midi et chantent dans les boqueteaux. Tristesse pour moi de ne plus aller les écouter. En souvenir, elles twittent encore dans mes oreilles appareillées.

L’intensité se trouve dans un nouveau terrain que l’on ne connaît pas et qui surprend en le découvrant du jour au lendemain. La prévision s’effiloche. Reste un présent éphémère et des souvenirs peut-être enjolivés. Ma question serait : « Peut-on être intensif dans le grand âge ? » Si oui, ce serait dans l’action de grâce pour hier et l’acceptation de demain.

Il me semble que la foi elle-même n’a plus d’émotion, mais qu’elle se trouve dans un combat quotidien vigoureux. Elle se réfugie dans une rude « acceptation » et une espérance sans mesure et entêtée. Je crois que la bonté de Dieu me dit : « Fais ce que tu peux maintenant. Le reste, je m’en charge parce que je t’aime ».

L’intensité se trouve peut-être dans la non-intensité, celle de la pauvreté sans parole, ni action, celle de la déportation à Babylone, ma harpe suspendue aux peupliers (cf. Psaume 136)…