Fuir

Le verbe fuir laisse planer en moi une odeur d’abandon de la raison. Même s’il doit avoir des aspects positifs, ce verbe me parle d’abord de la débandade, de l’affolement, de la panique, de l’éparpillement et de la honte.

Ce verbe fuir m’impressionne. Les photos de mai 1940 affligent et barbouillent ma mémoire. Fuir est déroute. Il ne suit plus un chemin mais jette en mille morceaux ce qui fut un ‘ensemble cohérent’ d’habitants des villes et des villages. Ils fuient l’horreur de la guerre qui les terrorise et les contraint à la dispersion. Civils et militaires sans arme se côtoient dans la ruée vers le Sud.

Mais le verbe fuir a beaucoup d’autres sens peut-être encore plus sombres parce plus intérieurs à chacun et à chacune. Ils rongent les consciences et déshumanisent :

pour ne pas voir, ni assumer une obligation morale, qu’elle soit une promesse ou un devoir envers sa famille ou la société.

Dans la vie spirituelle surgissent parfois des fuites ou des indélicatesses vis-à-vis de la tendresse de Dieu que la foi nous révèle. Temps de prière pour adorer Dieu Trinitaire dans le silence de son ermitage secret. Aumônes solidaires qui obligent à choisir l’utilisation de son argent ou l’engagement de ses qualités personnelles. Présence au bien commun, tant à la fraternité laïque que religieuse. Souci de la mise au monde contemporain de son Église.

Réfléchir à fuir nous invite à un bilan intime.