Le mot doléance a pour moi une odeur de souffrance et un goût de misère. C’est un terme de la dernière chance. Dans un effort de lucidité, un individu ou un peuple s’adresse à ceux et celles qui le dirigent pour leur exposer l’indigence dans laquelle il se trouve Cette personne ou ce peuple n’en peut plus de supporter l’accablement et peut être le mépris. Il est au bord de l’effondrement ou de la révolte incontrôlée. Louis XVI en a fait les frais !
La doléance est une réflexion. C’est donc aussi une grandeur, celle d’un peuple ou d’une personne qui réfléchit et dit : « Ça ne peut plus durer ! ». Et il parle, écrit et trouve des alliés pour rédiger des ‘cahiers’ qui présentent des revendications précises. Ce sont les petits pas de la démocratie.
La « doléance » est plus qu’un grogne passagère. C’est un ‘mal être’ de fond qui monte à la surface de la conscience ; elle risque de déborder et de submerger des dirigeants aveuglés par leur pouvoir ou peut-être leur incapacité juvénile à gouverner pour le bien de « tous ».
Les ‘griefs’ sont exposés ; il suffit d’en discuter et de chercher comment sortir de l’aliénation obscure et misérable. Le « laboureur » du quotidien veut qu’on l’écoute, le reconnaisse et lui achète sa « moisson » pour vivre plus dignement. L’individu ou le peuple entre en protestation, il défile et désire renverser les bastilles cachottières. Il suffirait que des ‘meneurs’ organisent la puissance populaire pour en arriver à une révolution incontrôlable et meurtrière.
Cela s’est passé en France à la jointure des XVIIIe et XIXe siècles et il a fallu presque cent-cinquante ans pour que notre pays retrouve une vitesse de croisière à peu près calme.
Il me semble que les Gilets-Jaunes ont donné l’alerte. Un nouveau cahier de doléances s’ouvrait. Il a été refermé par le COVID 19, mais il n’est pas clos. Il reste quelques pages blanches. « Emmanuel le hardi » devrait se méfier des nouveaux couperets, heureusement moins sanglants.
7 février 2021
Article précédent
Éthique
Article suivant
Paix