La mort

1. Le rapport à la mort

La mort de ceux et de celles que l’on aime, plonge dans le chagrin, la désolation, la fragilité. Un manque envahit : déchirure d’un tissu de vie terrestre. L’histoire se clôt.

Notre propre mort, dont nous sommes certains et ignorants, nous est comme « masquée ». Sa perspective effraye parfois. Elle est d’une certaine manière en nous et nous ne savons guère quand elle prendra le dessus, on dirait qu’elle est une « surprise » même lorsqu’elle est attendue et prévue dans le court terme. 

Par avance, nous pouvons simplement l’offrir tant qu’elle est apparemment lointaine et non menaçante, mais nous n’en savons pas la date… Quand elle viendra, quels seront nos sentiments et notre état somatique, psychologique voire spirituel ?

On peut seulement anticiper un acte d’offrande possible dès maintenant. Manière de vivre non timorée mais humble, en humains que l’on nomme parfois « les mortels ».

2. Célébration à « L’Église du village »

Même dans une France qui n’est pourtant plus en chrétienté les enterrements dans les paroisses rurales remplissent les églises. Est-ce pour autant une célébration dans la foi en la Résurrection du Christ ? On peut en douter.

Il semble que l’on trouve dans ce rassemblement ; consolation, respect, estime, souvenir, solidarité, considération, reconnaissance, regret, inquiétude… noblesse des sentiments humains, une certaine grandeur de l’homme, une histoire heureuse et dramatique partagée, une fraternité, des rites humains qui évacuent l’horreur d’une fatalité animale, accueil d’un témoignage affectueux, face à l’inéluctable. Moment de vérité, de silence, de paroles positives. Affirmation que l’on a bien reçu le message de celui qui est maintenant mort. Il transmet.

Les humains ne sont ni des choses, ni des animaux, ils sont « peuple et société ». Ni collection, ni juxtaposition, ni troupeau, Ils partagent des valeurs. Ils les disent, ils racontent, ils les célèbrent, ils inventent des symboles. Ils font mémoire.

Les humains se lèguent la laïcité… c’est une noblesse.

En ville les « pompes funèbres » font des « espèces de célébrations religieusement civiles ».

En ville des associations d’inspiration chrétienne font des « célébrations civilement religieuses ».

Quelques fois l’annonce de la Résurrection du Christ, mais sans grand développement, les mots sont courts, la foi confuse…

On peut regretter que pour la célébration de l’À-DIEU dans les Églises et les chapelles, la foi en la Résurrection ne soit pas plus clairement proclamée. Ce serait sans doute « un beau témoignage » si l’annonce du Christ Ressuscité se faisait en termes que l’auditoire peut comprendre… mais on peut aussi se réjouir que les Chrétiens, qui sont des humains comme les autres sachent parler de la mort avec simplicité, dignité, grandeur, majesté et ouverture vers l’infini.

3. La mémoire et l’amour des descendants

Ils recueillent chacun à leur manière ce que « donne » celui ou celle qui vient de mourir.

Chaque défunt laisse un patrimoine de “valeurs” bien plus important que son coffre en banque… au moins au moment de l’enterrement ou de la crémation !

Souvent ceux et celles qui entourent le cercueil parlent, chantent, posent des lumières, offrent ce qu’ils savent faire pour signifier leur amour, leur reconnaissance. Selon leur culture ils expriment : «  Tu nous aimais bien, tu nous a beaucoup donné mais nous aussi nous t’aimions bien et tu nous a beaucoup appris et beaucoup témoigné d’affection, nous avons beaucoup reçu de toi, nous continuerons ce que tu fus pour nous… ».

La mort, la mortalité, les conditions limitées de la vie humaine donnent la parole et nourrissent les dialogues. La mort fait parler, elle contraint de parler et de pleurer, elle interroge l’histoire d’un parcours, elle suggère l’émotion créatrice…

Quand la mort se situe dans une ambiance d’amour non seulement elle donne la parole mais aussi elle avive la mémoire et suscite l’invention de symboles qui éclairent la vie terrestre et lui donne une luminosité transcendante. L’amour conjugué à la mort suscite la présence et le souvenir vivant, elle ouvre le testament des valeurs familiales, culturelles, religieuses.

Elle crée des liturgies… ..Elle a d’ailleurs toujours créé des « rites » depuis l’homme des cavernes jusqu’à Jésus Christ. Le Calvaire est un sommet.

La mort interroge la vie et oblige les humains à se situer dans le présent bien au-delà des éthiques et des morales. La mort révèle l’homme, pèlerin, nu, désarmé, offert, elle scrute l’avenir ! Elle oblige à se poser la question du « Sens », d’une vie éternelle, d’une Résurrection.

Les Apôtres, les disciples, les Saintes femmes ont témoigné de la « rencontre » avec le Ressuscité. Deux mille ans d’histoire chrétienne nous ont confirmé cette Bonne Nouvelle.

C’est Jésus le Christ ressuscité qui nous révèle que la mort est une Pâque immédiate, un passage, vers une plénitude, vers une communion, vers une éternité où chacun est unique et vit dans la joie avec Dieu et les autres : « Tous ensemble et pour l’éternité » proclame la prière eucharistique n° 2 de la liturgie de l’Église catholique.