Les sujets de conversation

Écouter, parler, dialoguer, supposent que l’on ait quelque chose à se dire.

La surdité n’ajoute rien à l’affaire. La vieillesse rend la pensée furtive.

Je fais l’expérience de ne rien avoir à dire. Non pas que je manque de sujets. Je crois plutôt que je manque d’interlocuteurs. J’ai le sentiment que ce qui fait mon plaisir, ma recherche, mon intérêt intellectuel, n’intéresse pas les personnes que je rencontre à l’EHPAD. Parce que la conversation est creuse, elle tombe en poussière. Ni la politique, ni la spiritualité, ni l’actualité littéraire, ni les recherches, ni le fait d’écrire : rien ne soulève l’intérêt.

Les visites que je reçois – quarante cinq minutes au parloir – ne comblent pas le vide. Elles sont simple présence amicale et échanges de nouvelles des uns et des autres. Elles n’ont, ni la durée, ni les dispositions environnementales, pour atteindre une certaine profondeur ; elles me font grand plaisir et c’est déjà beaucoup !

Ce qui est proposé par les animateurs de l’établissement n’est qu’une manière de passer le temps et d’éviter que la solitude ruine la santé psychologique et affective. Les activités offertes et dirigées sont curatives mais peut être contribuent-elles au déclin de l’intérêt qui construit, nourrit ou suscite réflexion.

Mes journées passent vite. J’ai toujours quelque chose à faire. La plupart du temps, ce sont des riens ou des brimborions.