Les journées

En EHPAD, au studio 303, mes journées sont ordinaires. Si rien de grave ne survient, la routine l’emporte, ronronne et gouverne. L’horaire est roi, je n’aime pas à attendre, l’exactitude (à peu près) est ma seule structure confortable. En effet, le plus difficile pour moi, c’est de me morfondre à cause des retards des unes ou des autres. Malgré moi, l’inquiétude monte en moi, ça commence à bouillir. A mon avis, le confinement exige pour être supportable que tout le monde soit à l’heure. L’exactitude permet au patient d’organiser le ‘rien’ de sa vie. Temps de lecture, temps d’écriture, temps d’écoute des émissions choisies, temps des soins, temps des repas, temps des visites, temps du journal, temps de prière. Tout est réglé. L’ordonnancement de ces babioles tisse la journée. Quand l’une capote, tout s’effondre ou j’estime que tout s’effondre. J’ai beau savoir que je ne suis pas seul, que des urgences peuvent surgir chez d’autres résidents, je rentre en stress et je remâche mon malheur qui, en fait, n’en est pas un.

Dans ma vie active, j’ai eu la chance d’avoir deux secrétaires à ma disposition. Des personnes ponctuelles et avisées. Peut être que ce luxe m’a déformé. A moins que j’aie durablement été détraqué par la jouissance d’avoir pendant quelques mois un chauffeur qui me menait à l’heure à mes rendez-vous. Bref, tout cela s’est incrusté en moi : j’ai  la maniaquerie de l’exactitude…

A quatre-vingt-douze ans, on ne se reforme pas facilement !