Dépendance

Dans mon « écriture d’aujourd’hui, je voudrais aborder le thème de la « dépendance ».

Non pas la dépendance à l’alcool ou à la drogue.

Non pas la dépendance du servage.

Non pas la dépendance du savant qui méprise l’ignorant.

Je désire écrire sur ma propre « dépendance » dans un EHPAD où je suis bien soigné, heureux, visité et bien nourri. Bref, je pense que je vis une « dépendance par entourage » bienfaisant, voire discret, aimant et respectueux. Les personnes qui me soignent ne me veulent que du bien. Elles sont attentives à ma santé et me donnent les médicaments à l’heure convenue. Elles m’aident à la toilette, à la vêture. Bref, je ne peux pas être mieux à quatre-vingt-douze ans.

Et pourtant je me sens « dépendant », psychologiquement dépendant. Je suis « entouré » comme dans une bastille de luxe. « Autour » de moi, « un entourage » veille sur moi et semble redouter que je m’égare dans la fantaisie et l’innovation malencontreuse. Le règlement, pourtant indispensable, me menotte.

La liberté, il faut que je la cherche en « m’évadant dans le passé » ou le « filtrage » du présent. J’ai, je pense, vécu mon ministère dans l’entente cordiale de l’audace et de la complicité de l’action créatrice. Aujourd’hui, les contraintes du grand âge me tiennent prisonnier et rivé à mes aises. Je « dépends » de plus de nonante années de bonheur qui s’évanouissent progressivement dans l’écoulement des jours.

Je suis grignoté par la « dépendance ». Elle me ronge et, parfois, m’empêche de bien dormir. Personne n’y peut rien : c’est dans ma propre conscience que ma liberté s’émiette et s’étiole.

Ma dépendance journalière n’est pas celle d’un enfant qui apprend à vivre. Moi, j’apprends à mourir, à m’éteindre, si possible paisiblement.

Le vieillard est ‘infantile’, mais pas de la même façon qu’un garçonnet ou une fillette ; le temps est une promesse d’un autre ordre. Il ne tient qu’à moi de me laisser « entourer » pour ne pas goûter à l’âpreté de la solitude.