Les oiseaux

En face de mon fauteuil, une large baie vitrée me permet d’assister aux ébats de volatiles. Je les ai remarqués. Ils appartiennent à sept catégories différentes.

Les pigeons : ils sont nombreux. Une vingtaine de familiers s’alignent sur le bord du toit du Foyer logement. D’autres font leur marché dans les pelouses du parc. D’autres se cramponnent à la rambarde de la promenade du 2ème étage. S’il pleut, chacun se tasse sur lui-même pour que les gouttes glissent sur les plumes. Si le temps est plus guilleret, je constate des parades amoureuses. Ils dansent ou se poursuivent. D’autres se contentent de trottiner dans les allées. De jour en jour, ce sont les mêmes simagrées. Été comme hiver, ils sont là et mendient les  poignées de grains de blé ou les croûtes que leur jettent les pensionnaires. Ils nichent dans les encoignures de fenêtres. Ils semblent n’avoir qu’un seul ennemi : les pies.

Les pies : quand arrivent les dames en « blanc et noir », les autres oiseaux se dispersent prudemment. Comme tous les bavards, elles ont un bec effilé redoutable. A deux ou trois, elles occupent tout le terrain. Lorsqu’à la chasse, elles passaient à portée, je n’hésitais pas à tirer. Elles avaient la mauvaise réputation de manger les œufs des oiseaux moins forts qu’elles.

Les merles sédentaires : tout de noir habillés. En hiver, ils ne nous quittent pas. Au printemps ils siffleront la renaissance de la nature après les froidures de l’hiver. J’ai cru remarquer qu’ils ne redoutaient que les corbeaux.

Les corbeaux, les corneilles ou encore les freux sont rares. De ma fenêtre, je ne les vois que sillonnant le ciel par groupe de quatre ou cinq. Probablement, ils nichent ailleurs. Ceux que j’aperçois sont débonnaires.et ne croassent pas. Ils vont et viennent. Ils aiment beaucoup le toit de l’hôtel dont je ne vois que la façade arrière. Ils surveillent.

Les étourneaux : en octobre ou en novembre, ils « débaroulent » de la Dombes et du Beaujolais où il commence à faire frisquet. Ils viennent dormir en ville sur les platanes et les autres arbres des places relativement tranquilles. Je me souviens de leur arrivée place Gabriel Rambaud. Depuis la fenêtre de Tante Lisette, je contemplais le spectacle. Maintenant, je ne repère que leur vol que j’évalue vraisemblablement à plus d’une centaine. Ils vont très vite, comme s’ils avaient hâte d’aller dormir. Gare aux voitures qui dorment dans la rue ! Le lendemain, leur carrosserie ne sera pas immaculée…

Les moineaux : on dirait qu’ils ne se soucient de rien. Ils se déplacent en trottinant ou voletant parmi les autres oiseaux. C’est vrai qu’ils sont si petits que les autres les négligent. Ils sont à l’affût des miettes de pain qui tombent dans le jardin lorsque les pensionnaires de l’EHPAD secouent leurs nappes par la fenêtre. De leur taille, je ne vois ni fauvette, ni pinson, ni rouge-gorge et autres petits fretins aux mille couleurs. Il est vrai que, sur ma fenêtre, je n’ai pas prévu un petit pot de la graisse dont ils raffolent.

Les palombes ou les ramiers : ce sont des hôtes de passage. Ils n’arrivent qu’en avril et ne repartent qu’à l’approche de l’hiver. Tous les printemps, deux ou trois couples nichent dans les arbres du parc de l’EHPAD. Ils font bon ménage avec les pigeons, mais il me semble qu’ils ont un regard dédaigneux à leur égard. Ils repartent plus nombreux qu’à leur arrivée. Ils font villégiature chez nous. Ils roulent à l’aise.

Tous ces oiseaux bien vivants me distraient. D’année en année, je m’efforce de comprendre et d’aimer leurs mœurs. Ils me rappellent les temps où je vivais en plein air.