A bon droit, beaucoup de chefs d’État dans le monde ont recommandé à leurs concitoyens de porter un masque aussi bien en plein air que chez eux, partout où ils pouvaient être en relation avec d’autres humains. A tout prix, il faut se protéger et éviter la transmission du virus Covid. C’est une obligation de bon sens et une responsabilité les uns vis-à-vis des autres : c’est évident.
Pour moi, j’oublie de mettre un masque lorsque je vais à la chapelle ou au parloir. Ce geste manqué me surprend. Quelle peut en être la cause ?
La débilité de mes quatre-vingt-douze ans ? Un manque d’habitude ? Ce n’est certainement pas un refus systématique ! Alors d’où provient cet oubli ?
Je suis en train de découvrir que, durant toute ma vie, j’ai lutté contre la vie masquée qui me semblait aller contre la vie sociale et la relation à l’autre. Mes ‘maîtres’ en philosophie m’avaient convaincu que la relation à l’autre était un vis-à-vis, un visage-à-visage. Que voir la figure de l’autre m’habilitait à le reconnaître et ainsi pouvoir entamer ou poursuivre un vrai dialogue avec lui ou avec elle. Le visage découvert permettait non seulement de distinguer la franchise, mais aussi m’ouvrait au sourire de l’autre qui m’autorisait à m’approcher pour en faire un proche et préparait peut-être le secret de l’amour.
Il me semble aussi que le masque qui recouvre la bouche filtre la Parole, nie la confidence et empêche le baiser de la reconnaissance ou de l’amour. Le mouvement des lèvres exprime aussi une disposition intérieure.
Bref, un peuple masqué engendre un peuple d’individus qui, dans le fond, ne connaît plus l’offrande, la disponibilité commune, la complicité de l’action et, de fait, nie toute intimité.
Cette protection sociale dans un temps de crise sanitaire ne peut exister que provisoirement.
Sinon nous quittons la société de réciprocité et perdons le régime politique démocratique.
21 novembre 2020
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