Le téléphone

Vers les années 1938, à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or (à huit kilomètres de la place des Terreaux à Lyon), mes parents avaient le téléphone. Il était posé sur une table dans le vestibule. Ce n’était pas un moyen de bavardage, mais un dispositif pour l’urgence. Bien sûr, il n’était pas automatique. Il ressemblait à un moulin à café. Sur le côté de l’appareil se trouvait une manivelle .Quand on la tournait, Madame Maurer, postière à Saint-Cyr, répondait : « Numéro 104, que désirerez vous ? » L’on communiquait alors le numéro du correspondant désiré, on raccrochait et on attendait que Madame Maurer appelle. La communication établie, elle disait : « Vous pouvez parler ! ». Merci, Madame !

Il y a quatre-vingt ans, ainsi le téléphone à domicile était un luxe, mais il était laborieux et réservé aux grandes personnes.

Puis, il y eut le combiné qui obtenait directement la correspondance par une sorte de cadran à trous où apparaissaient des chiffres et des lettres pour « faire le bon numéro ».

On a eu ensuite le ‘portable’ que l’on mettait dans sa poche ou son sac.

Bientôt, arriva « le portable perfectionné » doté d’une mémoire enregistreuse.

Enfin « le portable » devint moins volumineux. En plus du téléphone, il a les fonctions d’un « ordinateur » et n’est plus un luxe. Il peut même communiquer les pages d’un livre. Au collège, gamins et gamines en ont un ou deux.

C’est là à mon sens que l’affaire modifia la relation, sans doute la culture et vraisemblablement la société.

Il n’est pas exclu que l’usage généralisé ne soit pervers et n’engendre une société d’individus qui ne savent pas être seuls et, de plus, manquent de vis-à-vis.

Enfin, tout le monde devient le larbin de tout le monde. Chacun peut être « sonné » à tout moment et en n’importe quel lieu.

A l’EHPAD où je réside, la plupart du personnel est dérangé plusieurs fois pendant les soins. Parfois même, les soignants poursuivent la conversation avec une personne qui appelle d’ailleurs. Ce sont des esclaves et c’est désagréable pour le patient.

Actualités, société

23 novembre 2020