Solitude et vocation

Je repense, avec stupéfaction, à la revendication affective qui s’est développée à Semons et au refus d’intellectualiser les choses.

J’ai trouvé que le discours qui se tenait était très intéressant et que la demande était justifiée. Mais, en même temps, je pense que l’expérience affective est toujours solitude ; elle est incommunicable et, lorsqu’on la dit, on la trahit, lorsqu’on la gestue, on l’amoindrit.

Bref, ne faut-il pas redouter que la description de la démarche affective intéresse ceux qui la prononcent et ceux qui l’écoutent, mais un peu comme on voit un film : on est ému dans le sens fort du terme, mais l’on reste étranger.

Je crois, par contre, que la démarche intellectuelle met en place une grille de lecture qui peut servir dans la plupart des cas et permet une communication et des bases communes.

En remettant à jour ce que, dans mon jargon, je range sous trois termes :

j’explicite pour moi – et pour d’autres vraisemblablement – un moyen d’approcher le complexe de l’existence humaine et d’éviter l’isolement désabusé dont souffrent beaucoup de mes amis.

Naguère (1978)

17 avril 1978