Le prétexte

Il y a quelques jours, les parachutistes français quittaient la Corse pour le Zaïre.

Afin de bien persuader le peuple français qu’il ne s’agissait pas de soutenir le gouvernement de Monsieur Mobuttu, on a répété et répété encore que cette expédition était montée pour défendre nos concitoyens et les Blancs qui étaient à Colvesy, aux mains des ex « gendarmes Katangais ».

Les Blancs sont partis sauver les Blancs et nul ne peut faire grief à une race d’être solidaire de ses congénères ! Mais on nous l’a trop dit pour que ce ne soit que cela ! On nous a trop martelé la conscience pour croire que c’est le seul motif !

La vieille Europe est condamnée à mourir de faim dans les prochaines décades ! Sans un brin d’énergie, elle peut se retrouver, du jour au lendemain, affamée par ceux qui détiennent le pétrole et l’uranium !

Tout cela est entassé en Afrique, ici ou là, en des densités différentes, richesses qui nous apparaissent, actuellement, inépuisables. L’Europe ne peut pas perdre la clef de ce coffre-fort fabuleux !

Que se passe-t-il ? La ruée vers l’or ? Russes, Chinois, Américains, Européens, à des titres divers, veulent mettre des drains en Afrique ou veulent garder les moyens d’accès à ces trésors.

Je crois que voilà la véritable raison !

La première, pour importante qu’elle soit, n’est qu’un prétexte. Serait-ce le nouveau coup d’éventail donné par le Dey Hussein au Consul Deval ? Mais qui connaît encore, parmi nous, le nom de ce pauvre fonctionnaire dont l’histoire s’est terminée bien après sa mort avec les accords d’Evian ?

Vivons-nous un temps analogue ? L’Europe – et particulièrement la France – pour leurs propres survies, peuvent-elles se passer de l’Afrique ?

Naguère (1978)

23 mai 1978