L’autre jour, en voiture, j’écoutais Anne Gaillard…
Elle avait, ce jour-là, dans son collimateur, les agences matrimoniales.
Elle pourfendait les trafiquants de sentiments et les mercantis d’affection.
Elle poursuivait de sa vindicte les mercenaires du mariage et tournait en dérision les promoteurs véreux d’un bonheur incertain.
Bref, un festival. D’autant plus, sans doute, qu’elle savait qu’elle serait écartée de la radio dans les jours suivants !
En écoutant ses propos, je me suis demandé si la société ne considérait pas comme une tare – mais vraiment comme une catastrophe irréparable – le fait, pour une femme, d’être célibataire.
Certes, il y a des hommes – et surtout dans le milieu rural – qui cherchent une compagne pour leur vie, mais le ton de l’émission pouvait laisser croire que les agences matrimoniales profitaient de la « maladie » du célibat féminin pour mettre en place un trafic honteux de « médicaments ».
De même que, devant l’impossibilité de guérir d’une maladie mortelle, on court chez les guérisseurs pour se faire imposer les mains, analyser les cheveux, frotter le bout des doigts ou regarder le lobe des oreilles, de même certaines célibataires, nouvelles lépreuses d’une société apeurée par la solitude, cherchent à se débarrasser de la honte de leur mal en fréquentant les officines fallacieuses du mariage !
Le célibat est-il, en 1978, en France, une maladie qui conduit à la mort sociale ?
Je sais le bien-fondé des agences matrimoniales et j’ai rencontré, dans ma vie, des jeunes hommes et des jeunes femmes qui ont tissé une vie commune très heureuse à partir de rencontres proposées. Ce n’est pas du tout ridicule !
Je sais aussi que, jadis, le Mouvement familial rural – mouvement d’Action catholique – avait fondé ; « Promesse Chrétienne » pour répondre aux véritables appels des agriculteurs.
Je suis certain qu’une agence matrimoniale n’est pas inutile, pourvu qu’elle ne s’enrichisse pas indûment de la souffrance de quelques-uns et de quelques-unes ! Une manière de parler du célibat m’afflige !
29 mai 1978
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