La pilule et la voiture

L’autre jour, quelqu’un me dit cette phrase : « Les enfants de demain seront-ils les échappés de la pilule ? Ne seront-ils pour la plupart que des accidents ? »

Cette vue est certainement pessimiste et elle est marquée par l’activité professionnelle de la personne qui me tient ces propos.

Mais cela ne fait rien. C’est une véritable question !

Dans un pays comme le nôtre, il se peut que la peur inconsciente de l’avenir conduise la plupart des couples à une procréation réduite ! Ce n’est sans doute pas seulement le besoin de confort matériel ou la peur d’être dérangé, dans les jeunes années de leur vie, par des bébés braillards et suceurs qui empêche les jeunes couples de mettre au monde trois, quatre ou cinq enfants.

Ce n’est pas simplement le logement (bien que l’exiguïté et la sonorité des locaux HLM ne facilitent rien !) qui engendre la dénatalité.

Le manque d’aide familiale ou de salaire pour un conjoint au foyer n’explique pas tout non plus !

Pourquoi, alors, notre société française est-elle en train de se suicider ?

Il existe, bien sûr, des causes économiques, il existe une peur-panique. Mais il faut oser le dire. La banalisation de l’amour et la prolifération pilulaire ne poussent pas tellement à la fécondité !

Une toute jeune fille, presqu’une enfant, me disait l’autre jour que, dans nombre de soirées où se réunissaient jeunes gens et jeunes filles, la question qui surgissait, avant de se raccompagner ou de se quitter, était souvent : « Prends-tu la pilule ? » Si « oui », la fille trouvait des voitures pour rentrer chez elle. Si « non », il fallait qu’elle se débrouille autrement !

Je ne sais pas si c’est vrai. Je ne sais si c’est un mythe, si les fantasmes habitent cette toute jeune fille, si, à la limite, elle prend ses désirs pour des réalités. Mais si jamais cela se passe ainsi, je crois que les habitudes prises de séparer « systématiquement » rapports sexuels de l’amour, d’une part, et de la fécondité, d’autre part, ne me semblent pas aller dans le sens d’une société épanouie et paisible, certaine de son avenir.

Ainsi, les propos d’une assistante sociale et d’une toute jeune fille de la bourgeoisie lyonnaise se recoupent. Chacune à leur manière, et selon leur point de vue, elles portent un diagnostic sur la société à venir et sur ce qui constitue, aujourd’hui, la rencontre des jeunes dans une fête sans lendemain.

Naguère (1978)

28 mai 1978