Informatique et société

Ce matin, un appel téléphonique d’un médecin me rappelle la question importante de « l’informatique » lié au quadrillage d’une population.

C’est curieux comme on sait les choses. On y a réfléchi. Puis, elles se classent, elles se mettent dans un placard de notre imaginaire et voilà qu’un coup de téléphone ouvre la porte et que resurgit le problème avec toute son acuité. Il était rangé en moi, pas résolu, je ne le voyais plus, mais il existait encore !

Bref, le dialogue téléphonique a duré plus d’une demi-heure !

Bien sûr, nous n’avons trouvé aucune solution, et pourtant nous avons été d’accord pour dire que les renseignements médicaux mis sur ordinateur seraient inexploitables et ne serviraient pratiquement à rien pour le bien-être d’une population.

Par contre, le risque de fichage des personnes, la possibilité de faire communiquer les différents terminaux d’informatique, le risque que les clés soient utilisées par quelque régime exceptionnel, ne sont pas vains :

Que faut-il faire ?

Je n’ai pas de solution et ne sais pas ce qu’il faut dire et, ce matin, j’ai bredouillé !

D’une part, je redoute que n’utilisant pas l’informatique, nous prenions un retard considérable tant dans le domaine scientifique que dans le domaine sociologique et, d’autre part, je suis affolé par les risques encourus. Il y a des moyens qu’il ne faut pas utiliser parce que l’on n’en a pas encore la maîtrise ou parce qu’ils sont trop dangereux !

Il y a vraisemblablement des seuils d’humanité que la société ne peut transgresser ; elle n’a pas le droit d’organiser son propre suicide ! Il y a des moments où elle joue avec sa propre mort, avec délice, comme un suicidaire trouve une sorte de plaisir en préparant sa disparition !

Mais au fait, le médecin qui m’appelait. Il attendait une solution et je lui ai donné quelques bonnes paroles ! Il est reparti seul avec son problème, l’incompréhension de ses collègues, la suspicion des travailleurs sociaux. Il continuera à vivre, ne sachant pas que faire et c’est vraiment à cela que nous sommes tous condamnés !

Que faire pour que l’ensemble de la population crie : « Ça suffit ! Laissez-nous exister ! Ne nous enfermez pas dans des boîtes ! »

Naguère (1978)

7 juin 1978