Handicapés

Brigitte revient de la manif’ faite par les personnes handicapées physiques qui protestent sur l’absence de moyens d’accès au nouveau métro de Lyon.

Elle a raison. Elle a cent fois raison et c’est très sympathique qu’au lieu de faire un discours, elle soit allée participer à cette protestation !

Mais moi, du perchoir de mes cinquante ans, je considère l’affaire d’une manière un peu différente.

Je m’étais laissé dire, le matin du même jour, par un ingénieur de la SEMALY qui défendait son point de vue, qu’il serait trop dangereux – en cas de panne dans un tunnel – de dégager des personnes en petites voitures. Le propos est rationnel. Est-il vrai ? Je ne sais !

Pourtant, ce que je pense sur ce sujet est un peu différent. Faut-il vraiment que des gens handicapés aillent dans un métro ? Est-ce vraiment un plaisir extraordinaire que de se sentir mêlé et tassé avec tout le monde ? Est-ce vraiment une joie ineffable ?

Par contre, qu’ils aient droit à se déplacer rapidement et habituellement en ville, que la société leur en donne les moyens efficaces, cela me semble mieux adapté !

C’est vrai. On va me reprocher de créer une ségrégation et d’aller à l’encontre de ce que j’ai écrit bien des fois : « Une société qui n’inclurait pas les personnes handicapées deviendrait rapidement tourbillonnante ; elle vivrait à une vitesse vertigineuse et suicidaire ! »

Quand elle est insérée, la personne handicapée rend normale la société. Mais faut-il l’insérer n’importe comment, au risque de lui demander une énergie invraisemblable et ne pas tenir compte de ses vraies possibilités ? Il ne s’agit ni de la protéger, ni de l’écarter ; il faut lui donner de vivre, comme à chacun, son possible.

Naguère (1978)

27 avril 1978