Je vais à l’hôpital du Vinatier.
Chaque fois, je suis étonné de voir cet ensemble majestueux au centre duquel se dresse la chapelle. L’architecture raconte l’histoire et la culture d’un peuple.
L’hôpital psychiatrique a été conçu comme un village, avec ses différentes maisons disséminées dans la nature et, au milieu, l’église paroissiale.
Mais c’est un village de « fous » dans lequel habitent des médecins. Ils ont des villas et certains, que je connais bien, ont élevé leur famille dans cette ambiance.
Encore une fois je découvre que ce qui se passe là est burlesque parce que trop vrai ! Ce n’est pas un miroir déformant. C’est une loupe grossissante et ce qui mijote à l’intérieur de nous-mêmes est vécu en exagération par tel ou tel si bien qu’en regardant un ensemble, on recompose – d’une manière presque insupportable – ce que nous vivons chacun en matière de sadisme, de paranoïa ou de schizophrénie…
Les mots manquent. Certaines situations sont difficilement tolérables ! Je pense à ces malades qui vont chercher leurs excréments dans l’anus pour les manger. Cela me fait souvenir qu’il y a quelques années, j’ai visité un hôpital-modèle en France où les malades vivaient encore sur des litières en paille que l’on changeait chaque jour.
En face de tout cela, je veux bien que l’on dise que ce sont la politique et l’économie qui affolent la société et les personnes, mais c’est certainement plus complexe !
Que faut-il faire ? Nous sommes en face de l’indicible détresse de l’homme inconsolable.
Cela ne m’étonne pas qu’au bout d’un certain temps, beaucoup d’infirmiers soient submergés et se réfugient derrière les neuroleptiques !
Ceux qui font la révolution, ce sont les internes. Ils ne sont là qu’en passant ! Ils se cachent derrière une montagne de slogans brillants !
Là – comme ailleurs -, la véritable question est de durer sans se racornir !
26 avril 1978
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