10. « Autrement » : vers les années 1933

Nous habitions au 16 de la rue Déchazelle. Rue courte, large et bordée de villas ainsi que de jardins fleuris.

D’un côté, elle aboutissait chez les Sœurs Trinitaires qui, en plus du couvent, avaient une ferme.  Autour des bâtiments broutaient quelques vaches.

Cette rue courte pas bruyante débordait du ‘quant-à-soi lyonnais’. On saluait les voisins, mais on ne les recevait pas. A peine si on leur parlait.

Dans cette rue « courte » ne transitaient presque jamais de voitures. Par contre, chaque jour passaient le laitier, le cantonnier, l’allumeur de réverbères et l’ânier :

C’était le « spectacle » que l’on « guignait » chaque jour.

Dans la rue courte, plusieurs fois par an, passaient les « petites sœurs des pauvres » qui sonnaient à chaque porte pour demander l’aumône destinée à leur maison d’accueil des vieillards. D’autres fois, c’était un marchand de ‘pates’ qui signalait sa présence en criant : « Peaux de lapins ». Venaient encore des mendiants. Ils chantaient pour que, par la fenêtre, on leur jette quelques sous que l’on prenait soin de plier dans du papier journal.

Un jour, un enfant passa. Il était miséreux et portait la tristesse du drame de l’extrême pauvreté. Ma mère me suggéra de lui offrir mon ours Tobie que je chérissais. Je compris. Je fus ému et lui ai jeté par la fenêtre Tobie. Leçon de partage. Je doute maintenant que ce geste fût adapté. Mais il y a près de 90 ans, pourquoi pas !

Donner sens autrement

16 juin 2021