« Dis, Tatie, le Pain de l’Église, y va pas me couper l’appétit ? »
Cette phrase est authentique.
Elle a été prononcée par un gamin bien planté, au pied du Ventoux. Sa voix chantante ressemblait au vent dans la garrigue qui charrie mille odeurs de lavande et de serpolet.
Le petit s’apprêtait à communier pour la première fois. Ses parents l’ont bien préparé. La fête sera sobre. Tout juste un meilleur repas avec le parrain, la marraine et quelques amis.
On s’est débarrassé de l’envahissement des cadeaux. Ceux qui n’ont pas pu venir ont envoyé des belles cartes postales pour exprimer leur joie à cause de la rencontre de cet enfant avec Jésus.
Le gosse est quand même préoccupé. D’une part, il a vu préparer de bonnes choses à la cuisine, d’autre part, il ne sait pas très bien la consistance du repas eucharistique. Inquiet, il s’approche de sa tante et lui dit : « Dis, Tatie, le Pain de l’Église, y va pas me couper l’appétit ? » Cela aurait été très dommageable pour lui de ne pouvoir faire honneur au déjeuner qui avait été préparé pour faire une fête. L’enfant ne voyait pas plus loin, mais cela ne l’empêchait pas d’être tout à fait disponible à l’accueil du Christ.
D’abord l’enfant a besoin d’être rassuré. Il s’adresse à quelqu’un, expert en communion, à quelqu’un en qui il a mis sa confiance, à quelqu’un qu’il a déjà vu se nourrir du « Pain de l’Église ». Quelqu’un qui sait. Un ancien, tradition vivante et à sa portée.
Il désire en savoir plus et se fier à une initiée pour dissiper sa peur, tant il est vrai que, dans l’angoisse des choses nouvelles et des premiers pas de la foi, on a besoin de se rassurer et de s’appuyer sur ceux qui, avant, ont fait la même demande. En définitive, on ne croit que sur l’expérience d’autrui ; c’est peut-être bien cela l’Église !
Ce corps du Christ, ce Pain de l’Église, va-t-il aiguiser mon appétit ? Va-t-il me rassasier ? Va-t-il me dégoûter des nourritures humaines ou va-t-il me faire aimer le monde d’une nouvelle manière ? Ce Pain de l’Église, va-t-il me distraire des choses d’aujourd’hui ou va-t-il me conduire à participer au banquet des hommes de mon temps ?
Ces deux choses sont vraies tout à la fois. Le Pain de Dieu est celui qui rassasie mais, paradoxalement, il comble pour aiguiser l’appétit. Ce qui prépare la rencontre de demain avec le Christ, c’est celle que j’ai aujourd’hui avec lui. Ce qui m’ouvre l’appétit, c’est le pain de l’Évangile. Jésus me fait aimer le monde comme il l’a aimé lui-même. Il me noue avec lui.
26 juin 2021
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