18. « Autrement » : rêve de beauté

On racontait jadis que, lorsque les marins apercevaient des « Bélougas », sorte de baleine blanche, ils croyaient voir de fabuleuses sirènes. Ils entraient alors dans un rêve de beauté et de séduction. Ils se laissaient charmer et leur cœur tanguait encore plus que leur navire. En eux, la force de la tempête les enchantait.

Aujourd’hui un groupe de jeunes amis, tous (peu ou prou) « gens » du spectacle, créent une association qu’ils choisissent d’appeler « Bélougas ». Ils partent. Ils entrent en voyage, ils transforment la réalité en mythe et la rendent acceptable par tous.

Ce ne sont point des marins, mais des « nomades ». Ils désirent sillonner villes et villages à la rencontre d’une population qu’ils veulent entraîner dans leur rêve.

Presque pas de bagage, mais un savoir-faire artistique. L’énergie leur tient lieu de publicité. Pas de tréteaux, mais une yourte. Ils la poseront ici ou là, sur les places publiques ou aux carrefours des routes. En accord avec les municipalités, ils inviteront la population à faire mémoire des trésors culturels qu’elle recèle. Ils veulent ressusciter par la musique, la danse, la pantomime, les trésors cachés que chaque personne ou chaque bourgade porte en elle-même. Ils désirent que leur spectacle libère la parole et la fasse circuler en des moments conviviaux. Ils souhaitent que les individus fassent corps dans la fête, prennent le temps de se rencontrer et expriment leur joie d’actualiser ensemble, aujourd’hui, ce qui les a ensemencés hier.

La yourte sera un espace sans autre racine qu’un bouquet d’humanité : chacun pourra l’offrir aux autres. Le spectacle ne sera pas un texte récité, mais un prétexte de jaillissement et l’occasion d’être tous ensemble attentifs au temps qui vient, en évoquant les semaisons de naguère qui poussent aujourd’hui ou demain.

Quelques euros dérisoires par ci par là, non pas pour faire fortune, mais pour ne pas mourir de faim et compléter les subventions attribuées par les institutions qui ont en charge le développement culturel de notre pays.

Jadis, j’ai rédigé ce texte, car ce qu’entreprennent ces jeunes qui, pour la plupart ne partagent pas ma foi, m’a enseigné et ouvert les yeux et le cœur sur :

Point de discours, mais on part. On verra bien !

Les parents sont inquiets. Ils disent : « Ce n’est pas un métier ! »

Non ! C’est une folie d’amour en marche…

Donner sens autrement

20 juillet 2021