Puisque j’étais nommé à Bellecombe, je me rendis à la paroisse de Bellecombe située derrière la gare des Brotteaux dans un territoire pour moi totalement inconnu
Je me présentais au Curé Henri Dugas du Villard.
Il me dit : « Je n’ai pas besoin d’un vicaire à mi-temps, étudiant en théologie ».
Je repartis donc chez le Vicaire Général qui décréta : « Prenez deux mois de vacances ; après, on verra ».
En septembre, je n’irai pas à la fac, mais je serai vicaire à temps plein.
Le curé, cette fois, m’accueillit de grand cœur.
Je logerai donc à la cure : une villa avec un grand jardin que Monsieur le curé entretenait tous les jours où le temps le permettait.
J’avais une chambre au premier étage (côté rue). Arriva en même temps que moi un autre vicaire d’au moins dix ans mon aîné, l’abbé René Fressenon. Un homme charmant, discret, simple, amoureux du peuple, un saint authentique.
Je célébrais la Messe à 6 heures 30, après celle de 6 heures célébrée par le curé.
A ces heures, le peuple n’abondait pas. Quelques frères maristes qui dirigeaient l’école paroissiale et parfois quelques infirmières de l’hôpital-école des Charmettes se joignaient à nous. Elles n’avaient que la rue à traverser pour entrer dans l’église par la porte latérale.
René et moi avions en plus du travail paroissial une fonction d’aumônier de cent-vingt malades et d’une école d’infirmières de la Croix Rouge française.
Le peuple : des ouvriers qualifiés, souvent des contremaîtres, des commerçants tenant petits ou grand magasins cours Lafayette et dans les rues avoisinant l’église construite sur les terrains immenses donnés par Monsieur Serre, grand propriétaire riche et bienfaiteur du siècle dernier. Non seulement un lieu de culte fut bâti, mais quatre ou cinq grandes maisons pour élargir les ‘bonnes œuvres’ ou les fonder.
René et moi étions aumôniers des écoles paroissiales de garçons et de filles qui accueillaient à elles deux à peu près cinq cents élèves. Et puis il y avait le cinéma, le cercle des hommes, la kermesse et la vente de Charité et les « machinos » qui donnaient temps et compétence pour entretenir et faire fonctionner cet ensemble démesuré.
Le catéchisme, le patronage ‘garçon’ de deux-cents gamins, la maison d’accueil tenue par les sœurs de la Sainte Famille (sorte de ‘patro’ de filles), les célébrations religieuses des baptêmes, des mariages et des enterrements occupaient plus que notre temps. Le bréviaire, l’oraison, la lecture, la visite chez les paroissiens en souffraient et nous ‘avec’.
René et moi, nous nous soutenions. Nous avions de plus lancé des équipes de JOC, d’ACO, et d’ACI. Des troupes de scouts et de guides se constituaient. Parmi les écoles sanitaires et sociales des Charmettes, je m’efforçais de susciter des groupes de réflexion.
Trop, c’était trop. Au bout de deux ans de ce régime intensif et passionnant, je tombai malade.
Pour que ce ne soit que fatigue passagère, mes supérieurs diocésains me demandèrent de reprendre des études à la Fac de Théo et d’être quatrième vicaire à temps partiel à la paroisse Saint Joseph des Brotteaux. Un tout autre monde.
Ce fut encore « autrement ». Je n’avais pas fini de découvrir la complexité humaine et ecclésiale.
2 juillet 2021
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