Dieu

Les athées estiment que toutes formes divines n’existent pas.

Les agnostiques ne savent pas et suspendent leur jugement.

Les polythéistes croient en plusieurs dieux.

Les monothéistes croient en un seul et unique Dieu.  Ils confessent leur foi en plusieurs religions distinctes : les juifs, les musulmans, les chrétiens.

Les chrétiens sont divisés en quatre Eglises- sœurs : les confessions anglicanes, la large fédération des Réformés, les Eglises orthodoxes, l’Eglise catholique romaine.

Je suis né catholique, de parents catholiques, dans une histoire familiale imprégnée de confession uniquement catholique romaine.

J’ai été baptisé quatre jours après ma naissance en l’église paroissiale de Saint-Cyr-au-Mont-d’or.

J’ai grandi entouré de trois frères et d’une sœur. Tous les cinq nous, nous efforcions de pratiquer la foi catholique avec fidélité, chacun selon notre tempérament.

J’ai été élevé par mes parents Jean et Anne Marie, un couple uni par l’amour et la foi,

Je suis donc né chrétien catholique. J’ai été baptisé chrétien catholique. J’ai été élevé chrétien catholique. J’ai demandé à être prêtre de l’Eglise chrétienne catholique. Après six ans d’études, j’ai été ordonné en 1953 par le cardinal Gerlier.

Ma foi, ma spiritualité, mon ministère, mon insertion humaine dans le monde contemporain, ont fait bon ménage. Non seulement aucun affrontement fondamental n’a écorné un de ces quatre éléments fondateurs et piliers de mon histoire, mais plus la vie prenait son essor, se densifiait, plus ils se renforçaient et ces arbres-supports d’une canopée prospère et mystérieuse soutenaient la charpente de mon existence presbytérale et citoyenne. Ces « colonnes vivantes » devenaient chacune pleine d’intérêt et leur coexistence exigeante suscitait en moi, sans que je m’en rende compte sur le moment, une harmonie qui engendrait une sorte de bonheur simple et quotidien : le « souffle » en liberté circulait entre elles. J’ai été content d’être chrétien et d’apprendre avec tout un peuple à me nourrir de la Bonne nouvelle. J’ai constaté qu’elle était un ferment de renaissance comme Jésus le disait à Nicodème.

Sans soubresaut important, pourtant sans cesse,

ma foi, ma participation à l’Eglise, peuple de Dieu, mes solidarités humaines de toutes sortes ont évolué. Je ne pense pas que ma foi se soit rétrécie ou appauvrie : elle évolue à son gré (encore maintenant alors que je suis un vieillard). Elle s’emplit d’aspects nouveaux par le questionnement des événements et les interrogations des personnes.

J’ai changé, à travers et par les événements. Il me semble que le Christ n’est plus un modèle extérieur. Je crois le reconnaître comme une source intérieure qui me fait confiance et m’invite à me pacifier en lui, pour être totalement moi, de plus en plus libéré de la religion et de ses petits tracas inutiles, du sacré plus ou moins païen pour vivre avec Lui dans la nuée de la Transfiguration avec Moïse, Elie et les trois apôtres frappés de stupeur. Secret qui prépare la Résurrection et emplit déjà l’univers.

Ma foi, ma participation à l’Eglise dans sa vie communautaire, mes solidarités humaines, sont aujourd’hui devenues plus floues et tout à fait mystérieuses. Dans la nuée, on distingue mal, on n’étreint pas, on est heureux d’être proche, de « s’entendre » et on s’en contente parce que véritablement humain mais sans trop d’illusion et beaucoup de patience dans l’inachevé. Changeantes et pourtant stables pour l’essentiel, elles semblent se concilier dans un tout harmonieux comme une oblation unique en Jésus Christ. Tout cela échappe à ma certitude. Pour le moment, je crois ainsi .

Les grands conciles œcuméniques sont comme le « cadre général » de ma foi personnelle. Leurs « symboles » ont déclaré et décrété des « vérités de foi » parfois au sein de violents conflits, mais ils ont défini les grandes allées de la foi commune, collégiale, ecclésiale, auxquelles j’adhère.

De leur mieux ils ont décrété « les définitions » de la foi chrétienne puis, après les « schismes », ils ont tenté de sauvegarder, mais en vain, l’unité de l’Unique Eglise fondée par les Apôtres qui avaient été envoyés par le Christ à cet effet.

Je note tout cela pour expliquer le flou dans lequel l’Esprit Saint agit. Il fait confiances aux médiations humaines, oh combien humaines ! Oh combien confuses et mélangées !

Ce bref rappel pour souligner que l‘Eglise catholique par sa hiérarchie définit, à bon droit, et codifie les grandes allées de sa foi inspirée de l’Evangile, de son histoire sainte, de la contemplation de Dieu et de son Christ et des multiples spiritualités.

Mais les individus et les communautés répartis sur toute la terre sans sortir de cette vaste épure vivent modestement et de tout cœur, en leur simple intimité personnelle ou collective, une foi qui connaît :

qui varient tout au long de leur existence.

Dans ce vaste ensemble nébuleux et riche, à mon avis, chaque baptisé et le petit groupe avec lequel il fait communauté confessante, doivent s’efforcer régulièrement de rédiger leur « petit credo personnel » positionné à l’intérieur du majestueux et solennel credo de la foi universelle chrétienne selon la confession dont il se reconnaît membre à part entière.

C’est dans cette conviction intérieure profonde et dans le couple Verité-Liberté qu’en juillet 2009, je me hasarde à écrire les principales lignes de force de ma foi d’octogénaire.

Je crois à tout ce qu’enseigne l’Eglise catholique romaine mais, à l’intérieur de cette vaste fresque de la communion apostolique, j’applique plus particulièrement ma fidélité à tel ou tel point que je m’efforce constamment de purifier, de vérifier, par l’Ecriture, par l’histoire des Saints, par l’adoration. Avec mes frères et sœurs baptisés, j’aime me retrouver pour mâcher la Parole, partager les dons reçus, lire aujourd’hui, discerner et préférer ce qui nous semble le meilleur, ou offrir l’Eucharistie.

Ce que j’ai écrit antérieurement (2026, 2008, 2009) reste pour moi des textes vivants que je signe encore.

Dans ma correspondance, je retrouve aussi des accents véridiques de ma foi catholique.

Mais aujourd’hui, juillet 2009, je désire exprimer en le précisant un autre aspect de ma foi profonde.

Je crois en Dieu Source qui fait « confiance » à l’humanité, personne et communauté. Ni il se défie, ni il se méfie d’elle. Il se fie.

Il lui donne d’être source comme lui.

Il lui confie la création entière : « Tu gères comme tu veux. Tu découvres comme tu veux ».

Il lui donne son Fils pour confirmer son alliance avec elle : « Tu en fais ce que tu veux. Il est mon Verbe. Il a toute ma confiance puisqu’avec lui je ne fais qu’un ».

Dieu aime tellement l’homme qu’il n’agit jamais à sa place. Il lui laisse toute initiative. Il se contente d’aimer, d’accueillir avec bonté. Sa justice se comprend dans la délicatesse de l’amour. Il suscite en confiance même dans la mort.

Dieu « parie » que la confiance absolue qu’il porte à l’homme personne et communauté, permet à l’humanité d’évoluer, de vivre, de grandir, de s’humaniser, d’atteindre à la plénitude suprême de l’achèvement du pèlerinage humain qui débouche dans la Résurrection.

La confiance ne cesse d’alimenter en énergie la vie relationnelle d’une « société de visages », c’est-à-dire à la fois du vis-à-vis respectueux de la différence et de la similitude.

Sans confiance, plus de vie sociale, plus de vie personnelle. Toutes les relations dans le temps sont basées sur la confiance (procréation, éducation, mariage, économie, politique, enseignement, santé…).

C’est elle qui promeut l’infini et tisse dans le temporel des filons d’éternité : « Je me fie à toi. Si tu me trahis, si tu livres le « secret » que je suis » et n’honores pas ta parole, tu me feras souffrir. Mais je continuerai pourtant à te faire confiance car je t’aime? même si je dois me séparer de toi ».  Cela s’appelle l’amour des ennemis enseigné par la Parole du Christ et sa pratique.

Contempler Jésus le Christ, parce qu’il est dans sa personne même « la confiance de Dieu qui propose la confiance à l’humanité », me semble le sommet de l’amour et l’essentiel de la foi. Offrir ensemble avec le Christ la confiance des hommes qui bâtissent société me parait l’acte le plus approprié et le plus juste de la communauté humaine. 

Plus j’entre dans cette conviction, plus je découvre la « laïcité » de Dieu. La « confiance » est pour les humains une force et une valeur fondatrice de l’individu et de la société. Pas besoin d’être chrétien pour en vivre tant il est évident que méfiance, défiance, soupçon, suspicion sont délétères, tuent les relations sociales et écrasent  les personnalités qui, pour se développer, ont besoin du soleil de la confiance.

Depuis toujours, soit les hommes se sont fait confiance, soit ils ont plongé dans la tuerie. Quand ils ont décidé d’éviter l’homicide, ils ont inventé l’amour qui fait les alliances et les respecte.

Par son incarnation, Christ a assumé cette valeur « laïque » fondatrice d’humanité. Il l’a poussée à son maximum envers Pierre, Marie Madeleine, la femme adultère, Judas, Hérode, Pilate…

Comme toutes les créatures humaines, les chrétiens vivent « laïquement » de la confiance fondatrice de relations fécondes, vraies et durables mais, avec le Christ, ils sont aussi plongés par la foi du baptême dans l’amour des ennemis, dussent-ils parfois  en souffrir.

Et Jésus dit à Judas qui venait de partager le repas pascal : « Ce que tu as à faire, fais le vite ! ».

Dans l’approximation et la médiocrité, je cherche, j’écoute, j’écris, je dialogue, je lis, je crois, je m’émerveille, la vie me fournit le bain de la renaissance.

Je verrai bien ou ne verrai pas quand il faudra mourir. En attendant, je vis en faisant confiance.

Ma foi aujourd’hui

2 juillet 2009