Le jugement

« Le jugement face à Dieu n’est pas une confusion pour le pécheur, mais une rencontre de lumière sans ombre, car le péché porte à l’intérieur de son ignominie la clarté de son pardon »

La conversation banale consiste à porter des jugements et à formuler des appréciations sur les choses, les événements et les personnes. La nature humaine est ainsi bâtie qu’elle prend position, au moins en parole. Le temps des vacances n’échappe pas à cette loi générale. Même avec beaucoup de délicatesse et de bienveillance, chaque réunion d’amis se tient au prétoire.

Alors que peut signifier la parole du Seigneur : « Ne jugez pas et vous ne serez pas jugés ? » Qu’est-ce que ce fameux jugement de Dieu à la fin des temps ? Je crois que, si Dieu juge ,c’est pour nous libérer de l’erreur. Par bonté, il se réserve la présidence du tribunal.

Il nous conjure de ne pas prononcer de sentence, car il faut connaître les plis du coeur et les méandres de la conscience d’autrui pour examiner sans erreur. Il faut être sans passion et vivre dans la rectitude parfaite pour ne pas être partisan. Il faut camper dans la certitude pour condamner ou acquitter. Qui peut être suffisamment maître du temps et de soi pour porter une sanction définitive et infaillible ?

Nous devons laisser à Dieu le soin de juger car il voit le fond du coeur et possède l’extrême délicatesse qui engendre la justice. Il ne calcule pas et n’additionne pas péchés et méfaits. Il considère chaque personne dans son ensemble et ne répartit pas dans les plateaux de la divine balance le mal et le bien. Il n’a pas besoin de les mettre en tas pour les distinguer et les soupeser. Il sait la Passion de son Fils et le poids d’amour qu’elle suppose. Le fléau s’arrête au point majuscule marqué de la Croix glorieuse.

Le jugement face à Dieu n’est pas une confusion pour le pécheur, mais une rencontre de lumière sans ombre, car le péché porte à l’intérieur de son ignominie la clarté de son pardon. L’amour transgressé ne résiste pas à l’amour donné sans contrepartie. L’imperfection n’est plus une tare, mais la pauvreté où accourt l’abondance. Action saisissante où la Gloire de Dieu se manifeste et guérit d’une manière définitive toutes les langueurs humaines. L’homme devient homme à pleine peau. Il ne se transforme pas en Dieu, il échappe aux morsures du temps pour s’épanouir en beauté éternelle. Par grâce, sa nature culmine en surnature.

La nudité n’a pas recours à la pudeur pour protéger son intime secret, aucune honte ! Les cicatrices de la vie et les limites de l’humanité gardent leurs traces, mais elles proclament la victoire sur la mort, parées de lumière comme le Christ au matin de Pâques.

Juger est tellement essentiel que Dieu s’en réserve le privilège et nous avons tout à y gagner. Ne tombons pas dans le travers des appréciations hâtives et péremptoires ! Risquons-nous humblement à définir nos préférences. Exerçons notre conscience avec souplesse pour qu’elle ne confonde pas le bien et le mal. Risquons notre vie sur cette distinction, mais n’en devenons pas propriétaires ! Ne nous gavons pas de ce fruit défendu ! Il ne nous appartient pas. Nous ne sommes que des gérants.

Notre code de bonne conduite se révise sans cesse, non pas parce que le bien et le mal évoluent dans leur spécificité, mais parce qu’aveugles nous ne les connaissons qu’imparfaitement. Puisqu’il nous faut vivre en société et que pour éviter la foire d’empoigne nous devons établir la règle du jeu de nos comportements collectifs, n’oublions pas pourtant que faire justice n’appartient qu’au jugement de Dieu.

Tous les juges du monde et tous les censeurs en chambre que nous sommes ont déjà dans leur poche la convocation à la Grande Instance établie au seuil d’éternité. Si les uns ou les autres, par profession ou par nécessité, nous devons dire le droit, ne le confondons pas avec la justice du Seul Juste trois fois Saint Restons dans les limites de notre circonscription terrestre et ne nous approprions pas ce qui appartient au Ciel !