« La dimension plurielle révèle à l’individu sa singularité »
Jeudi soir, au 39 boulevard des Belges, s’est vécu un événement simple par sa banalité, mais important par sa signification.
Les unes devant les autres, cinq personnes se sont engagées à écrire. Elles ont fait un pacte qui les lie entre elles pour dix pages d’écriture. Elles ont librement consenti à une action commune et se sont associées par des paroles échangées et un semblant de règle du jeu. L’enjeu minime a permis d’aller vite en besogne.
A la relecture, ce minuscule événement symbolise un mécanisme sociétal très important.
Ce que chacun n’aurait pas accompli tout seul, il va le réaliser, fort de sa parole donnée devant d’autres. Le découragement a moins de prise. Par contre, la volonté est stimulée : les autres attendent ! La « Convention-publique » tire en avant. Depuis ce soir-là, les uns et les autres, nous n’avançons plus seuls mais de conserve, pour accomplir notre mini-promesse. La solidarité nous conforte.
Nous portions en nous des « choses » enfouies. En affirmant que nous allions les révéler à d’autres, chacun s’oblige à puiser en lui ce qu’il ne connaît pas exactement par avance. Vraisemblablement, si nous n’avions pas fait alliance, nos « forces » ne se seraient pas conjuguées et chacun ne serait pas parvenu à ce qu’il désirait.
Tout cela à mon sens explique bien la dimension collective de tout être humain. La dimension plurielle révèle à l’individu sa singularité. Par ailleurs, osons reconnaître que notre originalité ne se précise à nos propres yeux que si l’on se place volontairement sous le regard des autres.
A dire vrai, le 8 février, nous avons suscité une institution en joignant publiquement nos désirs et nos relations. En fait, cette « bricole » est un grumeau d’histoire. Et quoiqu’il arrive, nous nous sommes voués à ne pas « revenir » sur notre décision. Nos partenaires et Antoine, notre témoin, obligent ! Sauf empêchement gravissime, nous ne passerons pas la marche arrière.
En regardant à la loupe, voire au microscope, nos comportements, nous découvrons bien vivant le génome de nos vies personnelles. J’estime personnellement que l’homme est programmé « institutionnel », il ne peut échapper à cet aspect de lui-même, sans nier sa liberté individuelle et son indépendance. L’homme ne vit qu’en tension au cœur des relations publiques, privées et intimes. Il se construit véritablement en s’institutionnalisant.
Ne serait-ce pas le rôle indispensable de « Monsieur l’instituteur« , véritable tisserand non seulement de personnalités mais aussi des sociétés ?
9 février 1990
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