Le Marquis de Foudras, dans sa série de contes publiée sous le titre « Veillées d’un gentilhomme chasseur » raconte l’histoire du curé de Chapaize (Saône-et-Loire) qui, avant 1789, s’efforçait d’allier son ministère de prêtre et sa passion de la chasse.
Ce n’est qu’une analogie. Nous n’étions plus au 18ème siècle. Nous ne chassions pas à courre. Les enfants de chœur ne rabattaient pas comme des anges et, avant de partir, « aux grives » nous ne célébrions pas ensemble l’eucharistie… Je me levais plus tôt pour la messe.
Mes trois compagnons n’étaient pas des piliers d’église, ils étaient droits, simples, directs, respectueux et taquins. Un curé à portée de mains fournit une aubaine pour rire simplement. Ils me chahutaient, ils me « dégraissaient » la piété. Leurs bons mots nous faisaient bien rire tous les quatre. Je ne peux résister au plaisir de vous en citer quelques uns.
L’usine à mensonge
Quand nous allions de Saint-Cyr dans les Dombes, nous dégringolions par Poleymieux, traversions le pont de Neuville et grimpions la côte pour arriver à Saint-André-de-Corcy. Nous passions devant une maison religieuse : « Domus Mariae », tenue par les religieuses du Sacré-Cœur. Je prêchais quelque fois des retraites dans cette communauté. Mes compagnons baptisèrent cette demeure : L’usine à mensonges. Loin de m’offusquer, cette trivialité me réjouissait au dernier degré .
« Ton Église »
J’avais un très gros sac où j’entassais tout mon barda pour la chasse. Quelques cartouches, une ficelle, un Opinel… et de quoi me changer trois fois, soit après un bain de sueur, soit après la vraie pluie qui mouille. Mes compagnons trouvaient que, dans la voiture, mon bagage volumineux tenait trop de place et ils me lançaient : « Tu charries ton Église, pas possible ! » et cela contribuait à nous mettre en joie.
Monseigneur « fait le tas »Ce jeu de mot faisait allusion à Monseigneur Feltin qui, à l’époque, était archevêque de Paris. Si, par exception, j’avais plus récolté de grives que les autres, l’un d’eux ne manquait pas de claironner « Monseigneur « fait le tas », il payera l’apéro au café de la gare à Saint-Gengoux ».
Ces taquineries entretenaient la bonne humeur entre nous. Nous savions rire les uns des autres sans aucune méchanceté. C’est sans doute un des critères de la vraie camaraderie.
Un jour, l’un des quatre acheta un magnifique fusil, choke et double choke. A sa vue, l’un de nous s’écria : « Tu as acheté un fusil de « prétentieux ». C’est vrai que notre ami tirait juste et loin. Mais, pour les grives c’était sans doute trop, sauf pour les « stratosphériques »…
Je ne dirai jamais assez combien cette camaraderie a contribué à me tenir droit dans mes bottes.
17 décembre 2004
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