Le 30 septembre 2002, j’ai rédigé le bulletin 30. Je l’avais intitulé le « Mystère Irakien ». Une publication du journal Le Monde m’avait bouleversé. A la hâte, j’avais écrit une page.
Depuis deux mois, beaucoup d’articles, signés de spécialistes de la politique internationale, ont paru dans la presse ; les chancelleries de tous les pays siégeant à l’ONU ont pris position ; nombre de réunions et de colloques ont eu lieu ; en France, la chaîne parlementaire abreuve ses heureux téléspectateurs d’informations puisées aux meilleures sources ; la bibliothèque Médicis a réuni d’excellents auteurs sur ce sujet ; l’UDF avec François Bayrou a donné l’occasion à des anciens responsables du renseignement civil ou militaire de dialoguer entre eux devant un public averti.
Il semble que les USA aient renoncé à partir immédiatement en guerre. Il est vrai que six porte-avions bourrés de missiles performants et de commandos entraînés pour la guerre urbaine s’approchent du golfe.
Une grosse équipe d’experts est à pied d’œuvre. Y a-t-il parmi eux des agents de la CIA qui informent le Pentagone en même temps qu’ils inspectent les sites irakiens et les palais de Saddam Hussein ? Nul ne le sait, mais ce n’est pas invraisemblable.
Il est clair maintenant que l’Irak possède des armes chimiques, biologiques et peut-être nucléaires. Les marchands de mort du monde entier remplissent les cachettes. On dit que le rapport fourni par l’Irak aurait vingt-quatre mille pages. Dérision.
Toutes les semaines, les aviations américaines et britanniques survolent le territoire, lâchent quelques bombes par-ci par-là et photographient minutieusement tout ce qui est à portée de caméras. Il est évident que les aviateurs auraient repéré des installations colossales : « On ne cache pas Marcoule ! »
Et puis chacun se plait à reconnaître que beaucoup de pays dans le monde possèdent un arsenal bien plus terrifiant que celui de Saddam. Le danger vient moins des armes stockées que de la paranoïa du dictateur qui peut écraser par un coup de folie meurtrière une grande quantité d’innocents.
Notons encore qu’il ne suffit pas de changer le régime irakien. Il faut encore que des politiques démocrates succèdent à Saddam au cas où les forces mondiales arriveraient à le neutraliser. Quadriller un immense pays par une armée d’occupation, continuer de faire couler le pétrole pour alimenter en énergie beaucoup de pays, susciter des gouvernants et qu’ils soient élus par le peuple ne sont pas de minces affaires.
N’oublions pas non plus que l’Arabie Saoudite, officiellement proche des USA et des pays occidentaux, est la patrie de Ben Laden. Nul ne sait exactement le jeu qu’elle joue dans le concert des nations et spécialement dans le Moyen-Orient. Certains islamistes, purs et durs, trouvent dans les pétro-dollars saoudiens la manne qui permet de fomenter des attentats imparables sur toute la surface du globe. Tout cela se passe dans le voisinage des Israéliens et des Palestiniens et influe certainement sur les atroces affrontements sanglants de tous les jours.
Certains chroniqueurs patentés affirment que la Corée du Nord, malgré ses apparences pacifiques équivaut à une deuxième bombe à retardement. Pauvre terre !
Je ne peux m’empêcher de penser à Dietrich Bonhoeffer et aux circonstances dans lesquelles il fut mêlé à l’attentat contre Hitler. Se débarrasser des tyrans devient parfois un devoir, pour éviter qu’un peuple ne soit écrasé sous les bombes de ceux qui désirent le libérer.
Pauvres peuples jouets de la puissance des dictateurs !
Pauvres responsables qui ont à choisir une voie au sein d’une telle complexité !
Le Moyen Orient nous dit l’instabilité générale ; par ses outrances, il nous invite à vivre ici, en France, dans la responsabilité démocratique.
7 décembre 2002
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