Depuis quelques jours, l’élargissement de Monsieur Papon suscite des réactions verbales, des indignations sincères et des mouvements de groupuscules.
D’où vient l’affaire ?
Il y a trois ans, Monsieur Papon a été condamné à dix ans de réclusion pour collaboration à des crimes contre l’humanité. L’affaire a été jugée. La Cour de justice a pris le temps d’entendre les témoins à charge et à décharge, le parquet, les parties civiles, les avocats de l’ancien haut fonctionnaire de Vichy et le prévenu. Après la sentence, Monsieur Papon est incarcéré. Au moment de son transfert en prison, Monsieur Papon est âgé de quatre-vingt-dix ans. Des manœuvres dilatoires avaient, en effet, contribué à ne juger qu’en 1999 les faits des années 40.
Il y a neuf mois, le parlement français, les députés de gauche étant majoritaires, vote en toute liberté une loi généreuse qui prévoit que des prisonniers atteints de maladies gravissimes dont les jours sont en danger s’ils restent incarcérés peuvent être libérés si deux experts médicaux certifient le risque extrême du maintien en prison. La loi spécifie que l’éventuelle libération ne doit pas perturber l’ordre public. Il faut bien noter qu’il ne s’agit pas d’une remise mais d’une suspension de peine.
Il y a quelques jours, malgré l’opposition de l’avocat général, la Cour d’appel de Paris suspend la peine de Monsieur Papon pour cause de grand âge (quatre-vingt-treize ans) et parce que son état de santé peut, à en croire les médecins, le classer dans les catégories de grabataires et d’impotents. Monsieur Papon, sous l’œil des caméras quitte la prison. A la télévision, on peut voir un vieillard cacochyme, mais pas du tout un homme grabataire ou impotent.
Aujourd’hui, beaucoup de remue-ménage sur les écrans et sur les ondes. Le CRIF s’agite, les Klarsfeld ne décolèrent pas. Les étudiants juifs manifestent, ici cinquante, là deux-cent-cinquante. Une quinzaine de policiers garde la maison familiale où Monsieur Papon s’est réfugié.
Mon avis. Des hauts personnages de la République française comme Robert Badinter ont souhaité la suspension de peine. Ils influencent sans doute mon jugement. Mon goût pour la démocratie, pour l’indépendance de la Justice et en définitive pour l’autorité de la chose jugée, sources de sérénité dans une nation, m’incline à admettre le jugement de la Cour d’appel de Paris qui a jugé selon la loi et les avis des experts.
S’il est bon que chaque Français ou des associations puissent émettre leurs opinions, je regrette que le président de la république nous fasse part de son émotion ; ses sentiments, en ce domaine judiciaire, sont superflus. Que le Garde des Sceaux invite le parquet général à en appeler à la Cour de cassation pourquoi pas ? C’est le fonctionnement normal de nos institutions.
Je souhaite que les humeurs s’apaisent, que l’indignation feinte ou réelle se calme, que les manifestants replient banderoles et calicots et rentrent à la maison pour méditer, en attendant de soutenir des causes encore plus importantes.
Je désire que personne ne meure en prison. Le peuple français s’honore de la loi votée au printemps 2002. Elle ne demande qu’à être appliquée à tous les détenus et pas seulement aux prisonniers qui ont d’excellents avocats.
Etes vous de mon avis ? Voulez vous apporter des nuances ou des contradictions ?
20 septembre 2002
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