25. Quelques-uns

Il est clair que la société laïque en France, en Europe et ailleurs, repose sur une visée démocratique. La vie ordinaire des Etats et des citoyens s’articule autour de valeurs montées de l’Antiquité. Elles se sont christianisées au cours des siècles. Il y a 150 ans environ, les « hussards noirs » de l’école Jules Ferry se sont mis à enseigner aux enfants des établissements scolaires une morale laïque à peine démarquée des préceptes évangéliques. Des générations ont été marquées par cette référence commune.

La trilogie : liberté, égalité, fraternité proposée par La Révolution française prend racines dans la tradition judéo-chrétienne. Cette « utopie » est devenue le ciment de la cohésion de notre peuple. Elle dépasse nos différences et nous permet une certaine unité nationale.

Ainsi la chrétienté a déteint sur des populations qui ne connaissent plus Jésus de Nazareth : Christ de Dieu. Le christianisme a engendré un bien commun laïque. Les incroyants pétrissent leur propre pain à partir des semences des communautés de la foi chrétienne, au point que René Rémond a pu écrire dans son dernier livre : « Le christianisme n’est pas une religion comme les autres, dans la mesure où sa diffusion porte en germe son effacement progressif » (Du mur de Berlin aux tours de New York, Bayard, août 2202). Cette phrase forte résonne comme un scandale mais, à mon sens, elle est juste et vraie.

Plus le christianisme mourra dans le monde pour le sauver de l’intérieur, plus il vivra de l’intensité du Christ. Moins les Eglises succomberont à la tentation identitaire, plus il faudra que quelques-uns :

acceptent d’être un « petit reste » de pauvres, signe d’une Parole sans cesse naissante.

Ces quelques-uns, passionnés du Christ, attendent tout de lui. Pécheurs, ils croient au pardon. Ils lient ensemble leur existence. Ils ne recrutent pas, la grâce leur suffit. Tant bien que mal, ils veillent et Dieu leur donne fécondité. Ils prêchent l’Evangile par l’humilité de leur présence, ils ne sont pas des modèles mais des témoins. Ni purs ni parfaits, ils vont leur chemin et, avec les incroyants, ils aménagent les voies humaines. Ils ne sont pas partisans mais croyants.

Ces quelques-uns s’efforcent de répondre à l’appel du Christ : « Viens et suis-moi ». Pincée de sel, leur passion les conduit à donner du goût à la vie humaine.

Pendant mon ministère, j’ai connu « Quelques-uns « . Ce fut ma chance.